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Littérature
de l'Arménie |
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Sommaire |
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Langue
et musique |
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Les
origines |
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Les
historiens |
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La
poésie chrétienne |
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La
poésie profane |
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Une
période de décadence |
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Littérature
moderne
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Langue,
musique et littérature
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Langue
et musique |
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L’arménien
est l’une des langues indo-européennes qui ont le mieux conservé
le système de déclinaisons primitif. Il n’est devenu
langue écrite qu’au début du Ve siècle, avec
l’invention de l’alphabet arménien par Mesrob Machtotz
; cette forme écrite a pris le nom de grabar ; à côté
d’elle s’est développée une langue populaire,
moyen arménien à partir du Xe siècle, asxarabar après
le XVIe. Le grabar conserva néanmoins sa primauté jusqu’à
ce que le grand écrivain Abovian ait, au XIXe siècle, consacré
l’usage littéraire de l’arménien populaire.
À la fin de ce siècle, la langue se divise en deux branches
; parlé en Russie et, aujourd’hui, en Arménie soviétique,
l’arménien oriental est une langue harmonieuse, mais que
les emprunts au vocabulaire russe et une simplification abusive de l’orthographe
ont quelque peu éloigné de son caractère original
; parlé dans la « diaspora », l’arménien
occidental est l’héritier direct du grabar et de l’asxarabar.
La musique arménienne nous est surtout connue par ses extraordinaires
chants sacrés que sont les Charakans. Une musique profane, inspirée
de thèmes folkloriques, est apparue en Arménie soviétique
avec Aram Khatchatourian.
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Littérature
ancienne |
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Terre
de massacres et d’invasions, l’Arménie a toujours cherché
par la voie de sa littérature à fortifier son unité
menacée et à affirmer le sentiment de l’originalité
de son peuple. D’origine antique et préchrétienne,
la culture a été favorisée par une histoire millénaire.
Les traductions de la Bible, en des manuscrits qu’embellit un art
original de la miniature, restent les fondations vénérables
d’une littérature animée d’un souffle religieux.
Grâce à l’extrême variété de ses
sonorités, à l’ampleur du rythme que scande un fort
accent tonique, à la musicalité de sa modulation, la langue
arménienne se coule d’elle-même dans un moule poétique.
Les troubadours, les achoughs, ont su mettre en valeur les multiples richesses
de cette langue et toucher la sensibilité d’un peuple entier.
Plus les plaies de l’Arménie devenaient douloureuses, plus
on demandait aux mots de consoler des trahisons du réel. La littérature
s’est faite épique. Mais, à côté de la
lamentation, de tant de textes écrits avec le sang des martyrs,
subsistent, dans les lettres arméniennes, les témoignages
d’un peuple qui lutte héroïquement contre la mort et
qu’anime une religiosité foncière, longtemps chrétienne.
C’est de cette alliance entre un esprit religieux et un comportement
combatif qu’est née la grande littérature arménienne
du Xe siècle. Cette époque créatrice symbolise le
pur esprit arménien, fervent et vigoureux, ivre d’une poésie
qui proclame l’acharnement à vivre. Poésie de la terre
morte mais éternellement ressuscitée : telle apparaît
la littérature arménienne, dans sa marche semée d’obstacles
qui, surmontés, régénèrent son esprit créateur.
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Les
origines |
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C’est
au début du Ve siècle que naît la littérature
arménienne écrite, après le partage entre l’Empire
romain et la Perse. Des gouverneurs administraient la partie romaine tandis
que la vieille dynastie arsacide d’Arménie continuait à
régner, sous l’obédience du Roi des rois, dans la
partie persane, la plus étendue.
Un siècle auparavant, l’Arménie s’était
convertie au christianisme, mais les vieilles croyances et les pratiques
païennes restaient vivaces dans la population ; la nouvelle religion
était loin en effet d’avoir pénétré
dans les masses et même dans les classes dirigeantes. Il n’existait
pas de système d’écriture arménien. C’est
en syriaque et en grec que le culte était célébré
et qu’étaient traduits les livres sacrés. Dès
les premières années du christianisme, quelques écoles
avaient été créées, dont seuls les initiés
aux langues étrangères pouvaient suivre l’enseignement.
Les efforts menés pour propager la foi et pour former des prédicateurs
étaient condamnés à ne donner que de faibles résultats.
La conversion au christianisme constituait en même temps un acte
de défense contre l’Iran, dont la puissance, le voisinage
et l’étroite similitude des mœurs et des croyances avec
les leurs représentaient pour les Arméniens une menace d’absorption,
absorption rendue presque inévitable par la dégradation
du pouvoir politique en Arménie. Il devenait nécessaire
que s’affirme l’entité ethnique du pays par l’organisation
de la langue et par la naissance d’une littérature arménienne.
Ce fut l’œuvre du moine Mesrob Machtotz, ancien militaire en
poste à la cour, homme instruit et versé dans les langues.
Il inventa l’écriture arménienne, aidé et sans
doute sollicité par le catholicos Sahak et le roi Vramchapouh.
Son alphabet, merveilleux instrument, reproduisait tous les sons, très
nuancés, de la langue arménienne. Aussi le nom de Machtotz
est-il vénéré plus qu’aucun autre par les Arméniens
qui voient en lui le symbole de l’existence nationale et culturelle
de leur pays.
La traduction de la Bible marque le début d’une ère
nouvelle. La langue se fixe et se manifeste d’emblée avec
une perfection formelle, une régularité grammaticale, une
rigueur de syntaxe et une élégance étonnantes. Cette
traduction est immédiatement suivie de celle d’autres textes
chrétiens, prières et écrits liturgiques. Sahak et
Machtotz composent des hymnes, des sermons, édictent des mandements,
établissent des règles canoniques. Machtotz et ses disciples
entreprennent une intense activité de prédication.
Le Ve siècle voit une floraison d’ouvrages. C’est que
Machtotz s’entoure de disciples formés aux meilleures méthodes,
à Constantinople, à Alexandrie, à Édesse.
La littérature patristique, les martyrologes, les vies de saints,
les actes des premiers conciles, les écrits apologétiques
et polémiques représentent la majeure partie de cette brillante
production. Il s’agit souvent de traductions, dont les originaux
ne nous sont pas parvenus et dont nous ne possédons que la version
arménienne.
Des œuvres capitales émergent, telle la Vie de Machtotz, de
Korium, son disciple. C’est le premier ouvrage original écrit
en langue arménienne. Un autre disciple de Machtotz, Eznik, a rédigé
un traité théologique et philosophique, Contre les sectes.
Cette apologie du christianisme est une réfutation des hérésies,
des sectes et des religions païennes. La simplicité et l’élégance
du style, la vigueur de la pensée et du raisonnement, l’habileté
à exprimer les idées abstraites en une langue, ancienne
certes, mais récemment mise à l’épreuve de
l’écriture en font « un joyau de la langue classique
». Selon le père L. Mariès, « la simplicité
et la hardiesse des lignes de ce petit édifice le classent parmi
les monuments les plus imposants de la littérature apologétique
de cet âge, sans distinction entre la grecque et l’arménienne
».
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Les
historiens |
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La
production littéraire du Ve siècle ne se consacre pas uniquement
à la nouvelle religion. Des historiens exaltent le sentiment national
et consolident l’instinct de défense et de conservation du
peuple arménien.
Si Agathange s’attache à conter, de manière à
frapper l’imagination, l’histoire de l’introduction
du christianisme en Arménie et à décrire la vie et
l’œuvre de saint Grégoire l’Illuminateur, l’apôtre
de l’Arménie, Fauste de Byzance, Lazare de Parbi, Élisée
et Moïse de Khorène font le récit des événements
de leur temps, écrivent l’histoire d’une période
ou celle de l’Arménie depuis les origines.
Dans son récit des événements du IVe siècle,
Fauste de Byzance s’inspire principalement des légendes et
des traditions orales. Si son histoire manque de précision chronologique
et n’est exempte ni d’exagérations ni de fabulations,
son style savoureux, son souci du détail, son art de situer des
personnages, ses descriptions de mœurs en font une peinture saisissante
de cette période, remplie de sombres drames.
Au milieu du Ve siècle (451), l’Arménie doit affronter
la Perse, sa redoutable voisine, et répondre aux injonctions comme
aux promesses qu’elle multiplie pour l’amener à répudier
le christianisme et à embrasser le mazdéisme. Depuis près
de cinquante ans, l’ardente prédication des nouveaux lettrés
avait porté ses fruits. La conscience nationale s’était
affermie et la foi chrétienne quelque peu enracinée. Bien
qu’il eût défait les Arméniens, conduits par
Vardan Manikonian, le Roi des rois dut leur reconnaître le droit
de pratiquer leur religion. Aussi purent-ils reconquérir la plupart
de leurs libertés et de leurs privilèges. C’est cette
histoire que raconte Élisée, témoin attaché
à la maison du grand chef Vardan, tué au combat. Exaltation
du sentiment national, glorification des martyrs de la religion, cette
œuvre est une épopée lyrique riche en effusions, mais
aussi un récit vivant, tout en mouvement, écrit dans un
style coloré et imagé, d’une pureté et d’une
élégance rares ; jusqu’au seuil des Temps modernes,
son prestige sera grand chez les Arméniens et, avec celle de Moïse
de Khorène, elle servira de document de base aux manuels d’histoire.
L’histoire de Lazare de Parbi présente une indiscutable valeur
documentaire, surtout pour la période qui immédiatement
suit la guerre contre les Perses. Historien scrupuleux et sobre, Lazare
de Parbi ordonne son récit et fait parler ses personnages. Si son
style n’a pas l’éclat de celui d’Élisée,
ni la verve de celui de Fauste de Byzance, son œuvre reste précieuse
pour les érudits.
Mais, aux yeux des Arméniens, c’est Moïse de Khorène
qui reste le père, le fondateur dont l’ombre domine le devenir
de l’existence nationale. Il a composé l’histoire de
l’Arménie depuis Haïk, le patriarche de la nation. Le
récit s’enfonce dans les temps bibliques, dans les plus anciennes
traditions, s’inspire des vieux chants et des fables populaires,
s’appuie sur les documents et les ouvrages historiques du temps.
Ce poème, qui recueille les traditions orales des époques
les plus reculées, est la somme qui a animé et nourri les
lettres arméniennes pendant près de quatorze siècles.
Et ce monument littéraire est l’œuvre d’un écrivain
de race. Pour Moïse de Khorène, il s’agissait, après
les malheurs de la patrie dans la seconde moitié du Ve siècle,
de ranimer et de retremper aux sources la foi et l’espérance
patriotiques. C’est une chronique d’ensemble et un chant de
gloire en l’honneur du peuple arménien. Aucune œuvre
n’a été aussi sujette que celle-ci aux controverses
récentes. Il reste que les personnages créés par
Moïse de Khorène ont acquis, au cours des siècles,
figure humaine et les événements qu’il a racontés
ont pour ainsi dire une réalité charnelle. Son livre constitue
une source de renseignements indispensables aujourd’hui encore.
Tous ces auteurs étaient des religieux et l’Église
elle-même, pour des raisons pastorales, présidait à
la naissance de la littérature écrite. Il était naturel
que ce renouveau marquât une cassure avec la poésie épique
et populaire de la période païenne et, pourtant, on trouve
dans toutes ces œuvres des fragments, des allusions, des passages
qui rappellent en filigrane les traditions poétiques de l’Arménie
antique.
Au cours des siècles suivants, les écrits religieux représentent
la quasi-totalité de la littérature, donnée en une
langue qui subit des fluctuations et accuse parfois assez fortement l’influence
du grec. Les controverses doctrinales, les querelles christologiques en
constitueront les principaux sujets. Le triomphe du christianisme avait
libéré l’Arménie de la menace d’assimilation.
Le refus du concile de Chalcédoine par l’Église arménienne
a condamné à l’isolement le clergé, qui cherchera
dans les Églises monophysites orientales sa nourriture spirituelle
et les armes qui seront utilisées dans les virulentes polémiques
de l’époque.
Le siècle des belles traductions et des grands historiens, qu’on
a appelé l’âge d’or de la littérature
arménienne, est suivi d’une longue période qui donne
des œuvres de moindre qualité littéraire. À
côté d’une copieuse production de textes chrétiens,
on compte des œuvres de bon nombre de chroniqueurs qui consignent
les événements de leur temps. L’Arménie était
d’abord le théâtre de guerres interminables entre Byzance
et la Perse, puis d’invasions arabes qui portaient leurs méfaits
jusque dans le nord du pays.
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La
poésie chrétienne |
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Au
Xe siècle apparaît la grande figure de Grégoire de
Narek. Son Livre des lamentations, en prose rythmée, est une suite
de soliloques proférés devant Dieu, « paroles à
Dieu du plus profond du cœur ». Ce moine mystique, déchiré
par le sentiment du péché, torturé par la certitude
de son indignité et la crainte de sa damnation, exhale sa détresse
et son angoisse en des cris dont le sombre lyrisme a été
peu souvent atteint. Rarement, art saura tirer toutes les ressources d’une
langue, créer une telle profusion d’images et de visions
pour exprimer l’épouvante et l’espérance.
En raison de l’extrême malléabilité de la langue
arménienne, largement exploitée par le poète, du
verbe incantatoire qui sublime cette prose en une admirable musique, aucune
traduction ne saurait donner une idée, même approximative,
de la beauté et de l’importance de cette œuvre.
Dans ses poésies allégoriques, Grégoire de Narek
révèle un vif sentiment de la nature, un réalisme
d’une sensibilité frémissante, qui en font le précurseur
de la poésie profane des siècles suivants.
Une poésie religieuse s’est développée dès
le Ve siècle, en traductions ou en œuvres originales, souvent
imitées des modèles grecs ou syriaques. On y relève
parfois des créations d’une belle inspiration, tels les hymnes
du patriarche Komitas (VIIe s.).
La poésie du patriarche Nersès le Gracieux (XIIe s.) atteint
une grâce, une élégance, une simplicité et
une vivacité telles que son auteur est considéré
comme une des grandes figures de la poésie arménienne. Dans
ses petits poèmes, il n’a pas dédaigné l’usage
de la langue vulgaire, de la langue parlée par le peuple, dont
le triomphe ne sera définitif que beaucoup plus tard.
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La
poésie profane |
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L’usage
du parler populaire se répand timidement à partir du XIIIe
siècle. La production littéraire manifeste aussi une plus
grande diversité de genres. À côté des œuvres
didactiques et des chroniques, on voit apparaître les fabulistes,
les auteurs traitant de médecine, de droit, d’agriculture.
Avec le XIVe siècle commence la période la plus sombre de
l’histoire arménienne. Depuis longtemps déjà,
le pouvoir politique, en Arménie proprement dite, s’était
écroulé sous les assauts des Seldjoukides, des Mongols,
des Tartares. Vers la fin du siècle, le royaume de Cilicie, fondé
par les grands féodaux émigrés dans cette région,
est détruit à son tour sous les coups des Mameluks d’Égypte.
Pourtant, après la disparition des grandes familles princières,
une bourgeoisie naissante monte lentement et le peuple se groupe autour
de ces nouveaux notables et du clergé.
En s’ouvrant à l’Occident, la période cilicienne
offrira de nouvelles perspectives à cette bourgeoisie, d’autre
part encouragée, à l’est, par la Perse, soucieuse
de prendre sous sa protection les éléments les plus entreprenants
du peuple arménien.
En raison de leurs nombreux malheurs, la domination ottomane et persane
apparaissait aux Arméniens comme un fait irrévocable. Mais
il n’était pas question, pour eux, de renoncer à leur
particularisme ethnique. L’Église, la langue et la littérature
étaient les armes et le rempart qui devaient maintenir la nation.
Les œuvres du passé, sources de la conscience nationale, inspiraient
les lettrés. Si ne s’élèvent pas alors de grands
monuments littéraires, on assiste en revanche à un renouveau
de la poésie populaire qui n’est plus l’apanage des
clercs. Des poètes religieux, s’émancipant des disciplines
séculaires, expriment des sentiments plus personnels. Les troubadours
– les achoughs – reprennent la tradition de la poésie
antérieure au christianisme, interrompue et masquée par
le prosélytisme religieux et la prédominance ecclésiastique.
Utilisant les formes les plus variées de la prosodie, leurs vers
et leurs chansons touchent à tous les thèmes lyriques. Ni
les développements didactiques et édifiants, ni les sujets
inspirés des Écritures ne sont exclus. L’amour, la
mort, le patriotisme, l’absence, les chants d’émigrés,
la vanité du monde, son injustice et ses inégalités,
la joie et les plaisirs, le sentiment de la nature alimentent cette poésie.
L’allégorie, la satire, la complainte, la fable lui donnent
ses formes les plus variées. Certains morceaux sont de petits chefs-d’œuvre
par l’éclat des images, le rythme alerte, le réalisme
robuste ou la bonhomie malicieuse. Au XIIIe siècle, dans des vers
bien venus, Frik ne craint pas, s’élevant contre Dieu, de
dénoncer l’injustice du sort et la cruauté des puissants.
Les chants d’amour de Nahabed Koutchak (XVIe s.) font de lui le
plus célèbre des troubadours, dont Sayat-Nova sera, au XVIIIe
siècle, un des brillants représentants.
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Une
période de décadence |
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Ces
poètes employaient le plus souvent la langue populaire, diversement
marquée par les idiomes régionaux. Dès le XIIIe siècle,
la langue classique, celle de la liturgie et des premiers grands historiens,
reculait devant la langue vulgaire. Bien qu’elle ait perdu de sa
pureté primitive, elle restait cependant en usage dans les écrits
doctrinaux et érudits, au demeurant de moins en moins nombreux.
Au XVIIe et au XVIIIe siècle s’amorce un réveil, par
le nombre et la diversité des ouvrages produits : chroniques, traductions
des langues occidentales, écrits théologiques, liturgiques,
historiques, géographiques, qui tous ont un caractère didactique
et pratique. Mais il ne paraît plus d’œuvre proprement
littéraire. La production de cette époque est du reste exportée,
les Arméniens s’étant progressivement dispersés
dans les grands centres de l’Orient et de l’Occident.
Les œuvres les plus importantes de la littérature classique
arménienne appartiennent donc à l’époque antérieure
au Xe siècle. Après de longs siècles de stagnation
et des périodes de timide renouveau, une véritable renaissance
littéraire s’est cependant produite au XIXe siècle.
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Littérature
moderne |
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Le XIXe siècle |
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La
grande dispersion des intellectuels qui se produit au cours du XVIIIe
siècle laisse l’Arménie mutilée et désorientée.
Ceux qui pensent ont quitté cette terre malheureuse pour fonder
en Europe des foyers destinés à préserver et à
perpétuer l’héritage culturel. Telle la congrégation
fondée par l’abbé Mekhitar, qui s’adonne à
la traduction en arménien des grandes littératures européennes.
Les deux foyers les plus vivants de cette congrégation se trouvent
à Venise et à Vienne. Si certains pères mekhitaristes
sont tentés par la création poétique, la plupart
se tournent résolument vers des travaux d’érudition.
On leur doit de savantes grammaires, des dictionnaires, des ouvrages retraçant
les grands moments de l’histoire arménienne. Les mekhitaristes
sont avant tout des traducteurs ; mais ils transposent aussi les œuvres
de l’ancienne langue (grabar) en arménien vulgaire. Pourtant,
les pères travaillent en milieu clos et leurs efforts ne profitent
guère qu’à eux. Leur insatiable curiosité ne
se double pas d’un élan créateur et, dès qu’ils
écrivent des poèmes, leur vaste érudition semble
les paralyser. Ce n’est pas le grand poème épique
Haïk le héros qui fait la renommée du père Pakradouni,
mais ses travaux de grammairien et de traducteur. Les pères ne
savent pas, non plus, ressusciter l’histoire. Leur littérature
est figée et se réfère toujours aux grandes œuvres
du Moyen Âge arménien, qu’elle démarque. Toutefois,
leurs travaux d’érudition, leur action didactique et pédagogique
ont été pour beaucoup dans le réveil culturel et
plus particulièrement dans l’essor de la littérature
arménienne à partir du XIXe siècle.
Au début du siècle, l’Arménie connaît
une aube nouvelle après la longue nuit de l’isolement et
de la souffrance. Pourtant les Russes apparaissent dans le Caucase et
se heurtent de nouveau aux Perses et aux Turcs. En 1828, une partie de
l’Arménie – dont la plaine d’Erevan – devient
terre russe. Désormais, le pays sera scindé en deux : d’un
côté l’Arménie turque sensible à l’influence
occidentale et surtout française ; de l’autre l’Arménie
russe tournée vers l’empire des tsars. Cette dernière
se défait facilement des restes de l’ancienne langue et adopte
le dialecte d’Erevan. L’instauration d’une langue vraiment
populaire est en revanche plus difficile en Arménie turque, où
les traditions sont plus tenaces. Cependant, grâce à l’influence
des journaux, et spécialement du Massis, la langue vulgaire (astarabar)
ne tarde pas à s’imposer. C’est alors le triomphe de
la langue du peuple sur une langue savante, instrument de quelques écrivains
scolastiques, ennemis du progrès. La littérature arménienne
entre dans une phase nouvelle ; elle peut désormais se développer
avec fraîcheur et liberté. Aux badvéli, prétentieux
faiseurs de vers, succèdent de nouveaux poètes influencés
par le romantisme : Bechiktachlian (1828-1868) et Terzian (1840-1909).
Grâce aux nombreuses traductions de pièces étrangères,
le théâtre connaît ses premiers essais qui, s’ils
sont médiocres, n’en révèlent pas moins le
goût naissant des Arméniens pour cet art. Mais la figure
qui domine alors la littérature arménienne est un poète
mort à vingt ans, Bédros Tourian (1852-1872). Né
dans la misère et poursuivi par le destin, Tourian eut le temps
de crier sa révolte et de l’immortaliser dans des pièces
et dans des poèmes dont le plus attachant est Complaintes.
es écrivains de cette période exaltent le souvenir de l’Arménie
historique. En Arménie russe, une littérature fougueuse
s’affirme dont le fondateur est Khatchadour Abovian (1804-1848).
L’influence de ce dernier ne se manifesta pas tout de suite. C’est
en 1858 qu’est publiée son œuvre maîtresse : Les
Plaies de l’Arménie. Achevé en 1841, ce roman est
également un manifeste. Abovian y invite le peuple à sortir
de sa torpeur séculaire pour conquérir sa liberté.
Cette œuvre, où ni la race ni la foi ne sont mises en question,
a un grand retentissement. Elle marque la naissance, depuis longtemps
désirée, d’une littérature réaliste
et c’est la première œuvre artistique écrite
en arménien moderne. L’influence d’Abovian se fait
sentir sur Michael Nalbandian (1829-1866). Polémiste comme lui,
il sera exilé pour ses idées révolutionnaires. Il
invente un ton nouveau repris par le grand romancier Raffi (1835-1888).
Tout en racontant la vie des Arméniens de Perse et de Turquie,
Raffi puise son inspiration dans l’histoire nationale, met en lumière
son passé glorieux et s’attache à attiser la révolte
du peuple contre le joug ottoman. Le Fou, Les Étincelles, Samuel
et Tchalaladdine comptent parmi les meilleures créations d’une
œuvre abondante. Un autre écrivain de l’Arménie
russe, Avétis Aharonian (1866-1947), a acquis une grande réputation
par ses récits impressionnants de l’oppression que subissait
la population de l’Arménie turque. Le théâtre
révèle enfin un auteur original, Gabriel Soundoukian (1825-1912).
La scène constitue pour lui un tremplin pour former le peuple.
Il écrit de nombreux vaudevilles, mais ce sont ses comédies
qui font de lui le plus grand classique du théâtre arménien.
La Panique, Encore une victime et Pepo sont autant de condamnations d’une
société fondée sur l’inégalité.
Ces pièces ne perdent cependant pas leur caractère proprement
arménien.
Les symptômes précurseurs de grands changements apparaissent
en Russie. Les Arméniens n’y restent pas insensibles. De
nombreux écrivains vont d’ailleurs jouer un rôle important
au sein des luttes populaires ; ils feront le lien entre la tradition
nationale et la révolution soviétique. Avec Hovhannes Hovhannessian
(1864-1929), une nouvelle poésie lyrique prend naissance. Son recueil
Poésies a un grand retentissement ; aux motifs populaires des poèmes
se mêlent déjà des thèmes révolutionnaires.
Mais le véritable interprète de l’esprit arménien
est un autre poète, Hovhannes Toumanian (1869-1923). Le folklore
et la légende donnent à sa poésie fougue et fraîcheur.
Sa contribution à la renaissance de la vieille épopée
nationale, le roman épique David de Sassoun, est importante. C’est
tout le pittoresque de l’Arménie qu’il révèle
dans Anouche, peinture vivante des mœurs et des coutumes du pays
ancestral. Sans trahir l’âme profonde de l’Arménie,
il sait lui faire épouser l’idéal révolutionnaire.
Il sera l’un des premiers à saluer la création de
la nouvelle république soviétique d’Arménie
en 1920.
Chez les Arméniens occidentaux (Turquie), une activité littéraire
intense se manifesta au cours du dernier quart du XIXe siècle.
Groupés autour du quotidien Haïrénik (La Patrie) et
de Massis, devenu mensuel, Arpiar Arpiarian, Lévon Pachalian, Tigrane
Gamsaragan, Archag Tchobanian et notamment Krikor Zohrab, brillant nouvelliste,
fortement influencés par la littérature française,
furent les initiateurs du mouvement qu’on a appelé le Réalisme
littéraire arménien. Zohrab fut massacré en 1915.
Tchobanian, parti très tôt en France, fonda à Paris
la revue Anahit et continua son œuvre jusqu’à sa mort,
en 1954. Le groupe se dispersa en 1895-1896, à la suite des massacres
qui débutaient.
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Le
XXe siècle |
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Après
la proclamation de la Constitution ottomane en 1908, des centaines d’intellectuels
arméniens qui s’étaient réfugiés hors
de Turquie regagnèrent ce pays. Une vive activité culturelle
et littéraire reprit chez les Arméniens. Un poète
de génie, Daniel Varoujan (1884-1915), demeure le symbole de cette
époque. Il sait couler la violence de sa passion dans une langue
raffinée. Poète d’Éros, il est aussi le chantre
du peuple, dont il veut que la douleur soit sans désespoir. Les
Chants païens, Les Frissons et Le Cœur de la race sont ses chefs-d’œuvre.
Au nom de Varoujan est lié celui de Siamanto (1878-1915). Les deux
poètes ont trouvé la même mort atroce dans les massacres
turcs qui allaient suivre. Siamanto élève la voix pour rallumer
les flambeaux d’amour et d’espoir de sa patrie. Medzarentz
(1886-1908) a été trop tôt emporté par la maladie
pour connaître le sort de Varoujan et de Siamanto ; à côté
de ces poètes militants, il est le chantre de l’amour pur.
Avec la publication, en 1914, de la Résurrection miraculeuse par
Vahan Tékéyan (1878-1945), un grand poète s’était
révélé. Momentanément absent de Constantinople,
il a échappé aux massacres de 1915 et put poursuivre son
œuvre dans la diaspora. Ce fut également le cas de Hagop Ochagan
(1883-1947) qui s’était fait connaître vers 1910 avec
ses contes et articles de critique. Sauvé des massacres de 1915,
il a produit la plus grande partie de son œuvre dans la diaspora.
Ses romans, Les Restants (les survivants), Le Pot de terre troué,
et surtout son monumental Tableau de la littérature arménienne
occidentale en dix volumes, analyse pénétrante et sans concession
de la littérature arménienne moderne, en font la figure
dominante de cette littérature. Cette brillante flambée
des lettres arméniennes occidentales pendant les années
qui suivirent l’illusoire Constitution de 1908 fut de courte durée
et la dernière. La déclaration de la Première Guerre
mondiale en 1914 permit au gouvernement turc de régler leur compte
aux Arméniens. Il décida de supprimer la population arménienne
de Turquie. En 1915 plus de deux millions d’Arméniens furent
déportés vers les déserts du Sud. Les deux tiers
de ce peuple furent massacrés. Ainsi prit fin la littérature
arménienne occidentale.
La création de la nouvelle république soviétique
d’Arménie, en novembre 1920, est saluée par Toumanian
et Hovhannessian et les écrivains de la première révolution
de 1905 : Akop Akopian (1865-1935) qui soutient par ses poèmes
la lutte ouvrière ; Chouchanik Kourghinian (1876-1927), dont le
chant se fait l’écho de la souffrance et de la misère
du peuple ; Vahan Terian (1885-1920) dont les poèmes sont inspirés
par l’espoir qu’éveille en lui la révolution.
Dès 1922, Tcharentz, Azat Vchtouni et Guenork Abov signent la Déclaration
des Trois, qui appelle une ère nouvelle de la littérature,
l’ère prolétarienne. Élisée Tcharentz
(1897-1937) a assisté avec enthousiasme à la montée
de la vague populaire et a chanté la révolution. Romancier,
il se plaît à faire une satire des nationalistes dachnaks
vaincus, dans Le Pays de Naïri, écrit en 1923, à une
date où la rébellion nationaliste devant la soviétisation
du pays a été réprimée. Souvent comparé
à Maïakovski, Tcharentz nourrit sa poésie aux sources
lyriques du Moyen Âge arménien pour la faire s’épanouir
dans le réalisme. Victime du stalinisme, il meurt en pleine force
créatrice, laissant un riche héritage où se distinguent
des œuvres poétiques comme Poème héroïque,
L’Aurore épique et L’Oncle Ali.
L’Arménie soviétique ne tarde pas à attirer
des écrivains qui veulent retrouver la terre ancestrale. Avedis
Issahakian (1875-1957) qui, dans son poème Abou-Lala-Mahari, se
faisait en 1903 le miroir du peuple déchiré, donne à
sa poésie un nouvel élan d’enthousiasme dès
qu’il prend contact avec l’Arménie nouvelle. Alexandre
Chirvanzadé (1858-1935) aime à faire dans ses romans la
chronique de la vie arménienne à la fin du XIXe siècle.
Il écrit pour le théâtre une célèbre
satire politique, L’Allié de Morgan. Il est le continuateur
de Soundoukian à la scène et de Raffi dans le roman. Le
poète Hovhannes Chiraz (né en 1914) n’a pas connu
les soubresauts de la révolution et œuvre sans trahir un atavisme
lyrique et nostalgique. Le Chant de l’Arménie forme une des
meilleures œuvres parmi celles que produit une pléiade de
poètes où s’illustrent plus particulièrement
Guevorg Emine (né en 1918), Maro Margarian (née en 1916),
Sylva Kapoutikian (née en 1917) et Vagharchak Norentz (né
en 1903). Naïri Zarian (né en 1900) introduit dans la poésie
le thème kolkhozien. Il célèbre les hommes nouveaux,
constructeurs de la patrie rajeunie. À ses qualités de poète
s’ajoutent des dons de conteur. Mais la poésie se révèle
différente de celle des siècles précédents.
Le ton des lamentations a disparu, les plaies ont eu le temps d’être
pansées, et c’est le thème soviétique qui s’impose.
L’influence de Maïakovski est perceptible dans la jeune poésie,
dont le principal représentant est P. Sevak. Les poètes
ont le sentiment de vivre dans un monde nouveau et rêvent d’un
avenir pacifique, qui compenserait enfin l’histoire sanglante de
leur patrie. Si la poésie capte ainsi les forces vives de la littérature
nationale, elle n’est pourtant pas la seule forme dans laquelle
s’illustrent les écrivains. Un aîné comme Derenik
Demird-jian (1877-1956) décrit dans ses récits et dans ses
drames l’homme nouveau qu’a forgé le socialisme, mais
il excelle surtout dans le roman historique – dont la Seconde Guerre
mondiale et les années qui suivirent ont marqué le renouveau
–, notamment dans son Vardanank, tiré de l’histoire
nationale du Ve siècle. On trouve dans la même veine Le Roi
Pap de Stépan Zorian (1889-1967), et plus récemment les
romans de Séro Khanzadian (né en 1915) dont le Généralissime
Mekhitar connut une grande vogue. Un des grands noms de la littérature
arménienne moderne est Zabel Essayan, née à Constantinople
en 1878 ; elle a publié Dans les ruines, récits des massacres
d’Adana en 1909, les romans Mon âme en exil, La Dernière
Coupe, Heures de détresse, etc. Fixée en Arménie
soviétique en 1934, elle y a publié, entre autres, Les Jardins
de Silihtar, La Chemise de feu. En 1943, elle fut victime des purges staliniennes.
Vahan Totoventz, né également en Turquie (1894-1938), s’est
installé en Arménie soviétique après avoir
séjourné aux États-Unis ; ses principaux romans sont
Les Fleurs bleues, Les Colombes, La Vie sur l’antique voie romaine.
Lui aussi fut victime du stalinisme. Movsès Arazi (1878-1964) a
une nombreuse production surtout en nouvelles et récits, ainsi
qu’une volumineuse étude sur Israël Ori, patriote arménien
du XVIIIe siècle. Gourguen Mahari (1903-1969), après de
nombreux recueils de poésie, s’est consacré à
la prose ; son œuvre principale, Les Jardins qui brûlent, est
une saisissante évocation de sa ville natale, Van, en Arménie
turque, les Jardins étant la partie de la ville uniquement habitée
par des Arméniens. Axel Bagountz (1899-1937) s’était
révélé comme l’un des meilleurs prosateurs
de l’Arménie soviétique. Après avoir publié
Le Cheval blanc, Les Noyers de la fraternité, La Violette alpestre,
etc., il fut victime des purges.
Vartkès Pétrossian, premier secrétaire de l’Union
des écrivains soviétiques d’Arménie, est né
en 1932. Ses œuvres principales sont La Dernière Nuit, Croquis
inachevés, Années vécues et non vécues, Esquisses
arméniennes, Le Noyer solitaire. Vahakn Davtian (né en 1922)
poursuit une vaste production poétique dont les principaux titres
sont Le Matin du monde, Dans les montagnes de l’aube, Tonnerre d’été,
La Chanson du vin, Fumée du foyer. Razmig Davoyan (né en
1940) est un des nouveaux poètes d’Arménie soviétique
qui a publié Entre les ombres, Requiem, Le Massacre des croix,
Ouvre ton écorce. Matevossian Hrand (né en 1935), nouvelliste
et scénariste, a publié Août, C’est nous, nos
montagnes, etc. Berdj Zeitountzian (né en 1938) est romancier et
dramaturge, auteur de Les Voix de notre quartier, Loin de nous, Comédie
sans personnages, Pour Paris, etc.
Tous ces nouveaux écrivains, avec bon nombre d’autres de
leur génération, ont des préoccupations et des curiosités
nouvelles, orientées vers des problèmes humains.
Après la tragédie de 1915, les rescapés et les survivants
des Arméniens occidentaux, dispersés un peu partout, et
principalement au Liban, aux États-Unis et en France, développent
ce qu’on a appelé la littérature diasporique. Des
livres, des revues, des hebdomadaires, des prix littéraires soutiennent
cette littérature. Hamasdegh, Antranik Zaroukian, Chahan Chahnour
– connu dans la littérature française sous le nom
d’Armen Lubin (l’auteur arménien de Retraite sans musique
est en effet aussi l’émouvant poète français
du Passager clandestin, de Sainte-Patience et de Transfert nocturne) –,
Zareh Vorpouni, Vahram Mavian, Vazkène Chouchanian, Aram Haîgaz...
ont animé et animent cette littérature, ayant comme thème
majeur la survie de leur peuple et la recherche de la justice qui lui
est due.
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