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Histoire
de l'Arménie |
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Sommaire |
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Prise de vue |
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Située
au nord-est de l’Anatolie, l’Arménie s’étend
approximativement de la mer Noire aux lacs de Van, Sevan et Ourmia. Le
mont Ararat (5 122 m), sommet mythique où se serait échouée
l’arche de Noé, en est son pivot géographique et symbolique.
Son histoire commencerait aux alentours du VIIe siècle avant J.-C.
Les origines du peuple arménien sont encore très mal connues.
Rapidement, il fonde un puissant royaume qui deviendra en 301 après
J.-C. le premier « État » officiellement chrétien.
La situation géographique de l’Arménie, au carrefour
de tous les grands empires (mède, perse, macédonien, romain,
byzantin, seldjoukide, ottoman et russe), lui vaut le triste privilège
d’être un des principaux champs de bataille de la région.
Les périodes d’occupation et de sujétion ne sont entrecoupées
que de brèves périodes d’indépendance. Cependant,
tous ces envahisseurs ne pourront jamais éradiquer l’identité
nationale arménienne. L’Arménie ne cessera de renaître
de ses cendres. Malgré les terribles massacres de 1915, le premier
génocide du XXe siècle, malgré une soviétisation
totale d’une partie de leur territoire en 1920 , les Arméniens,
solidement attachés à leur religion, leur culture et leur
langue, ont continué à sauvegarder leur personnalité
soit en diaspora, soit en république socialiste soviétique
d’Arménie. Depuis 1975, on assiste même à un
réveil du nationalisme arménien. Les deux parties de ce
peuple se sont retrouvées aujourd’hui sur un ensemble de
revendications nationales transcendant parfois les rapports et les clivages
Est-Ouest. Le terrorisme de la diaspora et l’agitation de l’ex-Arménie
soviétique en sont les derniers avatars. |
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Histoire
de l’Arménie
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L’Arménie
antique |
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Les
origines de l’Arménie et du peuple arménien sont encore
largement méconnues. Si plusieurs hypothèses sont avancées,
la plus plausible fait état du mélange d’un peuple
indo-européen de la branche thraco-phrygienne avec des autochtones
d’Ourartou. Ces derniers auraient mis sur pied leur royaume dès
le début du IXe siècle avant J.-C. et fondé l’actuel
Erevan (Erebouni) en 782 avant J.-C. Deux siècles plus tard, les
Thraco-Phrygiens venus des Balkans déferlent sur l’Anatolie,
détruisant au passage l’empire hittite, et viennent se fixer
sur les hauts plateaux bordés par les chaînes du Caucase
et du Taurus. Le peuple arménien serait issu de ce mélange.
Moins d’un demi-siècle après, les Arméniens
passent sous la tutelle des Mèdes puis des Perses achéménides.
Ces derniers, défaits par les armées d’Alexandre le
Grand en 331 avant J.-C., abandonnent l’Arménie aux Macédoniens.
En 190 avant J.-C., Antiochos III, l’un des successeurs d’Alexandre,
est battu à son tour par les Romains. Artaxias et Zareh, alors
gouverneurs des deux provinces arméniennes, proclament leur indépendance.
À la mort de Zareh, Artaxias unifie l’Arménie et en
agrandit les frontières. En 95 avant J.-C., Tigrane, son successeur,
monte sur le trône et devient rapidement Tigrane le Grand, prestigieux
fondateur de l’empire d’Arménie qui s’étendra
de la mer Noire à la Caspienne et à la Méditerranée.
Mais, en 66 avant J.-C., cet empereur arménien épris d’hellénisme
est battu par les légions de Pompée. Devenue protectorat
romain, l’Arménie est dirigée par les successeurs
de Tigrane jusqu’en l’an 2 après J.-C. Après
une période de troubles intérieurs, elle tombe aux mains
d’une dynastie parthe : les Arsacides. C’est un de ses rois,
Tiridate III, qui, en 301, proclame le christianisme religion d’État.
L’Arménie devient ainsi le premier royaume officiellement
chrétien. Grigor, le premier catholicos (pasteur suprême),
est sanctifié sous le nom de Grégoire l’Illuminateur,
d’où la dénomination d’Église grégorienne
pour qualifier le culte arménien. Dans la foulée, les Arméniens
abandonnent l’écriture grecque pour utiliser leur propre
alphabet, inventé par Mesrop Machtotz. Les deux piliers de l’«
arménité » sont désormais en place. En 428,
l’Arménie, bien qu’assujettie une nouvelle fois par
la Perse sassanide, conserve sa liberté de culte. |
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L’Arménie
médiévale et moderne |
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À
la fin du VIe siècle, la Perse cède la majeure partie de
l’Arménie à l’Empire byzantin qui en occupait
déjà les provinces occidentales. Mais l’accord gréco-arménien
est si fragile que les Arméniens préfèrent s’entendre
avec une nouvelle puissance régionale. En 661, ils reconnaissent
l’autorité politique des califes arabes, et l’Arménie
se transforme alors en champ clos des affrontements arabo-byzantins. Entre
852 et 855, le pays est d’ailleurs complètement dévasté
par les armées d’un général d’origine
turque, Bougha Al-Kabir. Mais une fois de plus l’Arménie
va renaître de ses cendres. En 885, Achot le Grand Bagratouni est
reconnu roi d’Arménie par le calife et l’empereur byzantin.
Pendant deux siècles (Xe et XIe), la dynastie des Bagratides fera
régner une paix et une prospérité jamais égalées.
Ani devient en 961 la capitale de l’âge d’or arménien.
Cette ville « aux cent palais et aux mille églises »
va cependant être rasée par les Turcs seldjoukides en 1064.
Petit à petit, la Grande Arménie indépendante disparaît.
Certains Arméniens s’exilent alors en Moldavie et en Hongrie,
d’autres en plus grand nombre, sous la conduite du prince bagratide
Rouben, s’installent en Cilicie qui devient en 1080 la Petite Arménie.
Cette fondation coïncidant avec les premières croisades, les
rois arméniens de Cilicie s’allient avec les croisés.
Ils traitent même avec les Mongols contre les Turcs et les Arabes.
Alors que la Grande Arménie passe sous la domination mongole (1236-1317),
la dernière dynastie arménienne de Cilicie s’éteint
en 1342. Cette région revient à la famille française
des Lusignan, régnant déjà sur l’île
voisine de Chypre. Mais, sous les coups de boutoir des Égyptiens,
Léon V de Lusignan perd son fief en 1375. Le destin de l’Arménie
allait être divisé entre Turcs, Perses et Russes.
Au XVe siècle, l’Arménie est occupée par les
Ottomans qui lui laissent un certain degré d’autonomie entériné
par le pacte de l’Aman en 1461. En 1555, 1620, 1639 et 1746, le
pays est sans cesse divisé : l’Ouest à la Sublime
Porte, l’Est aux Perses. Au XVIIe siècle, les Arméniens
chrétiens commencent à demander de l’aide à
l’Occident : Rome, la France, la Bavière, la Russie. Devant
l’échec des missions des notables Khatchadour et d’Ori,
un prince arménien du Karabagh, Tavit Beg, se lance dans l’insurrection.
Il ne succombe qu’après huit ans de lutte (1722-1730). En
1801, les Russes font leur apparition dans le Caucase. La Géorgie
est occupée, puis le Nakhitchevan en 1808, le Karabagh et le Kantzak
en 1813. En 1828, les territoires arméniens sont unis à
la Russie sous le nom d’Armianskaia Oblast. Après avoir écrasé
les Perses, le tsar Nicolas Ier fait de même avec les Ottomans.
Mais lors du traité d’Andrinople, le 14 septembre 1829, l’Angleterre
oblige la Russie à rendre les provinces d’Erzeroum, Kars
et Ardahan à l’Empire ottoman déjà confronté
à l’insurrection grecque (1821-1830). Désormais, l’histoire
de l’Arménie sera indissolublement liée aux derniers
soubresauts de l’« homme malade de l’Orient »
et à la compétition engagée entre la France, le Royaume-Uni
et la Russie pour le contrôle des mers chaudes et de leurs accès.
Raffermis par l’avance russe dans le Caucase, électrisés
par les succès grec, valaque, moldave, serbe, monténégrin
et bulgare, les Arméniens vont faire leur entrée dans le
concert du réveil des nationalités. La question arménienne
est ouverte. Elle sera refermée en l’espace d’un demi-siècle,
avec les massacres de 1915-1921 perpétrés par la quasi-totalité
de ses voisins. |
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Le
génocide |
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Laissant
une forte autonomie à ses minorités, l’Empire ottoman
se raidit de plus en plus au fur et à mesure de son déclin
politique et économique. Désormais, les réformes
appliquées aux minorités chrétiennes seront le fruit
de la pression des grandes puissances. Cet état de fait étant
vécu comme une humiliation par les musulmans de l’Empire,
les minorités vont être en butte à nombre d’exactions,
surtout en Anatolie orientale où règne une certaine anarchie.
Pour éviter les massacres, les Arméniens de Zeïtoun
sont obligés de prendre les armes en 1859 et en 1875.
Le 17 mars 1863, la Sublime Porte approuve la Constitution nationale arménienne,
organisme élu réglant la vie de la communauté arménienne
dans l’Empire ottoman. Mais il faudra attendre le traité
de San Stefano (3 mars 1878) et le Congrès de Berlin (13 juin-13
juill. 1878) pour que la Turquie s’engage à appliquer les
réformes dans ses six vilayets (provinces) arméniens. À
l’issue de la guerre russo-turque de 1876-1878, la Bulgarie recouvre
son indépendance, et le tsar occupe Batoum, Kars, Ardahan et Bayazid.
L’article 16 du traité de San Stefano promet même l’autonomie
aux Arméniens de l’Empire ottoman. Inquiète de l’avancée
russe vers les mers chaudes, l’Angleterre réussit à
obtenir la révision du traité de San Stefano au Congrès
de Berlin. La Sublime Porte cède Chypre au Royaume-Uni en échange
de son soutien contre la Russie. L’article 16 est remplacé
par l’article 61. L’autonomie arménienne se transforme
en une vague promesse de réformes administratives. Loin d’appliquer
ces réformes, Abdul-Hamid, le « Sultan rouge », décide
au contraire de persécuter les Arméniens avant que ceux-ci
n’obtiennent leur indépendance comme les Grecs et les Bulgares.
À la même époque, en février 1885, la Russie
ferme six cents écoles arméniennes dans le Caucase. La communauté
commence alors à s’organiser politiquement, soit dans les
Empires ottoman et russe, soit dans la diaspora. En 1881, les organisations
secrètes Défense de la patrie et Union des patriotes sont
créées, respectivement à Erzeroum et à Moscou.
En 1885, c’est au tour du Parti des Arménakan à Van
et à Marseille, puis du Parti social démocrate Hentchak
à Genève en 1887 et, enfin, de la Fédération
révolutionnaire arménienne Dachnak à Tiflis en 1890.
La Porte ne tarde pas à réagir et, en août 1894, l’armée
ottomane massacre les habitants de Sassoun (actuellement Samsun). Les
pogroms reprennent dans toute l’Anatolie orientale de l’automne
de 1895 au printemps de 1896. Plus de 150 000 Arméniens auraient
alors péri. En revanche, à Van et à Zeïtoun,
ils repoussent les Turcs lors de violents combats. Le 26 août 1896,
le parti Dachnak décide de forcer les grandes puissances à
faire appliquer l’article 61 au Congrès de Berlin. Ce jour-là,
un commando de vingt-six militants occupe la Banque ottomane de Constantinople
et réalise ainsi le premier acte de terrorisme publicitaire contemporain.
En réaction, la populace turque massacre 7 000 Arméniens
sous les yeux des diplomates occidentaux en poste dans la capitale.
Les chancelleries, tout comme les Arméniens, comprennent alors
que la politique de réformes est vouée à l’échec.
La révolution jeune-turque et l’avènement du comité
Union et Progrès en juillet 1908 sont donc unanimement salués.
Dans la foulée, la constitution est rétablie (23 juill.
1908) et le sultan Abdul-Hamid est déposé (13 avr. 1909).
Mais la joie a été de courte durée. Le 1er avril
1909, près de 20 000 Arméniens sont massacrés à
Adana. Les Jeunes-Turcs instaurent une politique de « turquisation
intransigeante » à mesure que l’Empire ottoman se désagrège
: occupation italienne de la Tripolitaine en 1911 et guerres balkaniques
en 1912-1913. La Délégation nationale arménienne
et le Bureau national arménien font alors pression sur les chancelleries,
et la Russie finit par obtenir de Londres et de Paris la modification
des articles du Congrès de Berlin relatifs à l’Arménie
ottomane. En juillet 1914, deux inspecteurs généraux, norvégien
et hollandais, doivent superviser les réformes dans les vilayets
arméniens. La Première Guerre mondiale ne leur en laissera
pas le temps, d’autant que l’Empire ottoman déclare
la guerre à l’Entente le 1er novembre 1914. Les Arméniens
se retrouvent coincés entre les belligérants, les uns mobilisés
dans l’armée turque, les autres dans l’armée
russe. Les Jeunes-Turcs pressent même les Arméniens du Caucase
à se révolter contre le tsar. Cette tactique entraîne
une réaction inverse et, bientôt, 180 000 Arméniens
dont 8 000 volontaires venus de Turquie rejoignent les armées russes
pour libérer l’Arménie occidentale.
Le 7 avril 1915, la ville de Van s’insurge et instaure un gouvernement
provisoire arménien. La réaction est aussi immédiate
que disproportionnée. Prétextant le rôle de «
cinquième colonne » joué par les Arméniens,
les dirigeants jeunes-turcs, Enver, Talaat et Djemal, décident
de déporter l’ensemble de la population arménienne
dans les déserts de Mésopotamie. Le génocide commence
le 24 avril 1915 avec l’arrestation et l’assassinat de 600
notables arméniens à Constantinople. Les soldats arméniens
sous l’uniforme turc sont désarmés, envoyés
aux travaux forcés puis fusillés. Les Arméniens d’Anatolie
orientale reçoivent l’ordre de partir en déportation
dans les vingt-quatre ou quarante-huit heures. Les hommes valides sont
fusillés à la sortie des villages tandis que femmes, enfants
et vieillards doivent couvrir des centaines de kilomètres à
pied, sans soins et sans nourriture. En chemin, ils sont détroussés,
bâtonnés, violés, égorgés par les gendarmes
supplétifs et les tribus kurdes et turkmènes des environs.
En août 1915, les Arméniens de Cilicie et d’Anatolie
occidentale sont à leur tour déportés. En un peu
plus d’un an, près d’un million (entre 800 000 et 1
250 000) d’Arméniens périssent de la sorte, soit presque
la moitié de la population arménienne ottomane. Les Turcs
s’accordent à reconnaître un maximum de 300 000 victimes,
mais refusent d’y voir une extermination planifiée et donc
un génocide. Au contraire, ils font état de famines, d’épidémies
et des malheurs de la guerre ! Mais les témoignages sont aussi
nombreux, divers, qu’accablants. Diplomates américains et
allemands, missionnaires suisses, américains, allemands et scandinaves,
officiers allemands servant d’instructeurs dans l’armée
ottomane : tous rapportent les mêmes atrocités et le même
calvaire des populations civiles.
La chute du tsar Nicolas II laisse les Arméniens seuls face aux
Turcs. Le 3 mars 1918, par la paix de Brest-Litovsk, Lénine cède
Batoum, Kars et Ardahan aux Ottomans. Abandonnée par les bolcheviks,
la récente Assemblée législative de Transcaucasie,
le Seïm, proclame l’indépendance de la Transcaucasie
regroupant la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan
(22 avr. 1918). Les Turcs profitent de ces changements politiques et de
la dissolution de l’armée tsariste pour passer à l’offensive.
Battus par les Arméniens commandés par les généraux
Antranik et Dro lors de la bataille de Sardarabad, ils n’en menacent
pas moins les Géorgiens qui, pour leur échapper, proclament
leur indépendance et demandent protection à l’Allemagne.
Le 28 mai 1918, c’est au tour des Arméniens de quitter la
Fédération transcaucasienne. Mais, exsangue et encombrée
de réfugiés d’Anatolie, la jeune république
doit traiter avec la Turquie, et ses frontières se réduisent
comme une peau de chagrin.
Six mois plus tard, la défaite des Turcs et des Allemands desserre
l’étau autour de la république. Les Arméniens
réoccupent Kars, le Nakhitchevan et le Lori. Le 10 août 1920,
le traité de Sèvres reconnaît officiellement l’indépendance
de l’Arménie, qui devient un État viable s’étendant
sur 70 000 kilomètres carrés environ. Par ailleurs, un foyer
national arménien est créé en Cilicie sous protectorat
français. C’était sans compter avec la renaissance
du nationalisme turc conduit par le général Mustafa Kemal.
Le 20 octobre 1921, les kémalistes chassent les Français
de Cilicie, massacrant à l’occasion les Arméniens.
Entre-temps, le 22 septembre 1920, les forces kémalistes pénètrent
dans la république d’Arménie aidées par les
Azéris et les bolcheviks. Le 2 décembre 1920, le gouvernement
arménien est obligé de renoncer à l’application
du traité de Sèvres et rétrocède Kars, Ardahan
et le Nakhitchevan. Le lendemain, le pays devient une république
soviétique. Dernier espoir des rescapés du génocide,
l’Arménie indépendante se meurt. Désormais,
le peuple arménien allait suivre deux voies : l’une en diaspora,
l’autre à l’ombre de l’U.R.S.S. Lors de la signature
du traité de Lausanne le 24 juillet 1923, le nom d’Arménie
n’est même plus mentionné.
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L’Arménie
soviétique |
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La
plus petite des quinze républiques fédérées
de l’U.R.S.S., l’Arménie, ne s’étend que
sur 29 800 kilomètres carrés. Kars et Ardahan ont été
rendues à la Turquie kémaliste. Le Nakhitchevan et le Karabagh
sont passés sous le contrôle de l’Azerbaïdjan
soviétique, et la Géorgie a repris les provinces d’Akhaltskha
et Alkhalkalak. L’histoire de l’Arménie soviétique
est, dès l’origine, marquée par la répression
contre le nationalisme. Moins de deux mois après sa soviétisation,
l’Arménie se soulève et rétablit un gouvernement
dachnak (8 mars-2 avr. 1921). Mais l’Armée rouge revient
à Erevan et, tout en combattant, les Dachnaks doivent se réfugier
en Perse. Dépecée par tous ses voisins, l’Arménie
soviétique doit réintégrer la fédération
soviétique de Transcaucasie. Ce n’est qu’en 1936 qu’elle
accède au rang de république fédérée.
Avec les débuts de la guerre froide en 1947, l’U.R.S.S. relance
la question arménienne. Alors que la Grèce, en proie à
la guerre civile, et la Turquie viennent d’être les premiers
bénéficiaires de la doctrine Truman (11 mars 1947) et du
plan Marshall, l’U.R.S.S. demande officiellement, le 24 octobre
1947, à la tribune de l’O.N.U., le retour de Kars et Ardahan.
En même temps, Staline organise le rapatriement vers l’Arménie
soviétique des Arméniens de la diaspora. Même s’ils
ne sont pas tous communistes, l’Arménie soviétique
reste à leurs yeux la dernière parcelle de « mère
patrie » où l’arménité continue de subsister.
En 1946 et 1947, ils sont 150 000 à répondre à cet
appel. Mais, dès 1949, le flot se tarit, les premiers arrivants
déçus dissuadant le reste de leurs familles de les rejoindre.
Il faudra attendre le XXe congrès du Parti communiste de l’Union
soviétique en 1956 pour que ces rapatriés soient autorisés
à repartir vers les lieux de leur diaspora d’origine.
Après la mort de Staline, en 1953, l’économie de l’Arménie
soviétique commence à se développer. La rentabilité
des vergers favorisés par l’excellent ensoleillement des
versants montagneux s’améliore et la production de blé,
de betterave, de tabac et de coton croît sensiblement. Mais c’est
l’industrie qui par sa croissance accélérée
depuis le début des années 1960 donne à l’Arménie
son visage moderne, au point qu’elle souffre gravement de la pollution.
L’effort principal a d’abord porté sur l’aménagement
hydroélectrique et l’extraction de matières premières
(cuivre, aluminium, plomb, marbre). Depuis le milieu des années
1970, la chimie et le nucléaire ont pris la relève, à
tel point que, parmi les sept villes les plus polluées de l’U.R.S.S.,
cinq sont arméniennes : Erevan la capitale, Alaverdi, Kirovakan,
Khapan et Katcharan. Erevan est noyée dans un brouillard polluant
165 jours par an et les incidents répétés de la centrale
nucléaire de Metzamor n’ont qu’aggravé la situation.
En quinze ans, le nombre d’enfants handicapés a quintuplé
et les accouchements avant terme se sont multipliés par sept.
Par ailleurs, le mouvement nationaliste ne s’est jamais résigné.
Au contraire, il resurgit périodiquement avec vigueur. Les demandes
d’émigration en sont le premier signe. Entre 1956 et 1972,
28 000 Arméniens ont quitté l’U.R.S.S., 12 000 pour
les seules années 1979-1980 et 5 000 en 1987. Après les
Juifs, c’est le plus important contingent national à fuir
l’U.R.S.S., essentiellement pour les États-Unis. Le manque
de liberté, le refus de prendre en compte les revendications nationales,
les difficultés économiques et, depuis le début des
années 1980, la pollution n’ont fait qu’accroître
ce mouvement migratoire, soit à l’extérieur des frontières
de l’U.R.S.S., soit vers d’autres républiques soviétiques.
Le 24 avril 1965, lors des célébrations du cinquantième
anniversaire du génocide, des dizaines de milliers de personnes
défilèrent dans les rues d’Erevan, débordant
le service d’ordre et revendiquant les territoires arméniens
occupés par la Turquie. On frisa l’incident diplomatique
turco-soviétique, et Moscou dut procéder à des remaniements
au sein de la direction de la république d’Arménie.
Deux ans plus tard, Erevan érigeait son mémorial en souvenir
du génocide, monument devenu le point de ralliement de tous les
rassemblements nationalistes. En 1966 et pour la première fois
en U.R.S.S. depuis la liquidation de l’opposition de gauche, un
parti clandestin est fondé : le Parti de l’unité nationale.
La plupart de ses militants ont été arrêtés,
certains sont morts au goulag et trois ont été fusillés
à Moscou en 1979. Les survivants, qui ont bénéficié
de la libéralisation du régime depuis 1986, ont fondé
en 1987 l’Union pour l’autodétermination nationale
(U.A.N.).
Le comité central du P.C. d’Arménie a aussi repris
à son compte certaines revendications irrédentistes. Nombre
de publications officielles traitent de la responsabilité des régimes
ottoman, jeune-turc et même kémaliste dans le génocide
physique et culturel des Arméniens d’Anatolie. Erevan a prêté
une oreille largement attentive au réveil de la diaspora.
Les 17 et 18 octobre 1987, 100 000 personnes défilent spontanément
dans les rues de la capitale, lutte contre la pollution et combat pour
les droits nationaux étant étroitement mêlés.
Le 11 février 1988, c’est le Haut-Karabagh qui entre en ébullition.
Région autonome rattachée arbitrairement à l’Azerbaïdjan
lors de la soviétisation du Caucase en 1921-1923, le Haut-Karabagh
est peuplé de 160 000 habitants dont 80 p. 100 d’Arméniens.
Ce jour-là, 70 000 personnes manifestent à Stepanakert,
capitale de la région. Le lendemain, le soviet du Haut-Karabagh
demande officiellement son rattachement à l’Arménie,
puis le P.C. de la région en fait de même le 16 mars. Dans
la semaine du 15 au 22 février 1988, les manifestations organisées
par l’U.A.N. se répètent journellement à Erevan.
Enfin, les 25 et 26 février, près d’un million d’Arméniens,
sur une population arménienne de 3,1 millions (sur 3 350 000 habitants
dans la république), descendent et investissent les rues d’Erevan.
La réaction des Azéris voisins sera brutale. Dans la nuit
du 28 février, des milliers d’Azéris turcophones manifestent
à Sumgaït contre l’irrédentisme arménien.
Bilan officiel : 32 Arméniens tués ; bilan officieux : 546
morts et des milliers de blessés. Les rares témoins parlent
de véritable pogrom, réplique miniature des événements
de 1915. Moscou est obligée de lâcher du lest et Mikhaïl
Gorbatchev annonce à la fin de mars 1988 un train de réformes
socio-économico-culturelles pour le Haut-Karabagh. En revanche,
le rattachement est exclu et des têtes tombent au sein des directions
arméniennes et azerbaïdjanaises, le 21 mai 1988. Mais l’agitation
reprend peu après. Le 15 juin, le soviet suprême arménien
vote le rattachement du Haut-Karabagh à l’Arménie.
Pour soutenir cette revendication, la population d’Erevan fait grève
du 2 au 15 juillet, ainsi qu’à Stepanakert du 23 mai au 25
août. En septembre, les manifestations de masse reprennent dans
la capitale arménienne ainsi que les troubles interethniques. Le
23 novembre 1988, 500 000 Azéris défilent dans Bakou contre
les revendications arméniennes et organisent un pogrom à
Kirovabad.
Le 7 décembre 1988, un violent tremblement de terre ravage le nord
de l’Arménie, détruisant totalement la ville de Spitak
et partiellement Leninakan (Gumri) et Kirovakan. Le bilan fait état
de 30 000 à 55 000 morts. Officieusement, il y aurait 100 000 victimes.
Les autorités soviétiques profitent alors de ce «
génocide naturel » pour contrer le mouvement nationaliste
arménien qui s’organise autour du comité Karabagh.
Le couvre-feu est imposé à Erevan et dans la zone du séisme.
Les onze membres du comité Karabagh sont arrêtés et
ne sont libérés que le 31 mai 1989. Le 12 janvier 1989,
Moscou met en place une commission spéciale chargée d’administrer
directement le Karabagh et, enfin, les élections « sous influence
» du congrès des députés du peuple sont organisées
pour le 26 mars.
Mais, dans le Caucase, les mouvements nationalistes accélèrent
la désagrégation de l’empire et la fin du gorbatchévisme.
L’agitation reprend en Arménie contre les communistes et
les Azéris. Les oppositionnels libérés obtiennent
la légalisation du Mouvement national arménien (M.N.A.)
et la dissolution de la commission spéciale sur le Karabagh. Le
30 novembre 1989, la République d’Arménie unifiée
(Arménie et Karabagh) est proclamée unilatéralement.
La guerre larvée arméno-azérie commence en janvier
1990. Jusqu’en décembre 1991, elle fera plus de 4 000 morts.
Par ailleurs, en 1988-1989, 215 000 Arméniens ont fui l’Azerbaïdjan,
croisant 80 000 Azéris quittant l’Arménie. Petit à
petit, l’opposition nationaliste s’empare du pouvoir. En février
1990, un membre du M.N.A. devient vice-président du Parlement,
et son mouvement gagne d’une courte tête (40 p. 100 d’abstention)
les législatives du 20 mai 1990. Levon Ter-Petrossian, brillant
nationaliste pragmatique, dirigeant du M.N.A., devient président
du Parlement en août. Le poste de Premier ministre revient également
à un membre du M.N.A., et le nouveau pouvoir proclame la souveraineté
de l’Arménie le 23 août 1990. Tout naturelle ment,
il refuse de participer au référendum de Gorbatchev sur
l’avenir de l’Union en mars 1991. Alors que l’Armée
rouge et les milices azéries attaquent le Karabagh et le nord de
l’Arménie, le président soviétique reçoit
ses homologues arménien et azéri le 3 mai. Après
l’échec du putsch du 19 août 1991 à Moscou,
l’Armée rouge quitte le Caucase, laissant les combattants
face à face. Erevan proclame son indépendance le 23 septembre
1991, rapidement reconnue par la C.E.E., les États-Unis et la Turquie.
Le 16 octobre, Levon Ter-Petrossian devient le premier président
de la République élu au suffrage universel libre.
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La
diaspora arménienne |
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Sur
environ 7 millions d’Arméniens, près de la moitié
vit en diaspora. Survivants des massacres de 1894 et 1915, rescapés
des guerres de 1917-1921, ils se sont fixés essentiellement au
Moyen-Orient et en France. C’est au Moyen-Orient qu’ils ont
conservé leur cohésion grâce à leurs institutions
calquées sur la Constitution nationale arménienne instituée
dans l’Empire ottoman en 1863 (assemblée diocésaine
assistée de conseils exécutifs laïque et religieux).
Cependant, depuis 1975, ils quittent en grand nombre la région.
Les troubles du Liban et la guerre Iran-Irak ont fait fondre de moitié
ces importantes communautés. En Turquie, beaucoup sont partis d’Istanbul
durant la guerre civile larvée des années 1976-1980. Il
en reste tout de même 45 000, vivant dans des conditions précaires
du fait de certains décrets turcs discriminatoires. Quant à
l’Anatolie, ils y seraient encore quelques milliers (de 2 000 à
5 000), pour la plupart islamisés, turquisés ou kurdisés.
La majorité de ces Arméniens de la deuxième émigration
gagnent la Californie ou le Canada. L’Amérique est devenue
la première région de diaspora, avec plus d’un million
d’Arméniens contre moins d’un demi-million en Europe
et seulement 300 000 environ au Moyen-Orient.
Les partis traditionnels continuent leur travail en diaspora. Le parti
Dachnak est le plus puissant et le moins soviétophile. Le parti
Hentchak social-démocrate est complètement aligné
sur Erevan ainsi que le petit parti Ramgavar, qui contrôle la puissante
Union générale arménienne de bienfaisance (U.G.A.B.).
Avec les communistes arméniens de la diaspora, ils forment un front
commun contre les Dachnaks. Cependant, le bouleversement des années
1987-1988 en Arménie soviétique a conduit à certaines
remises en cause. Parallèlement à ces partis traditionnels,
la lutte armée et le terrorisme ont entraîné la création
de groupes de sympathisants. Minorité agissante et virulente, ces
Mouvements populaires arméniens ont connu leur heure de gloire
en Europe occidentale et au Canada de 1978 à 1983.
Mais c’est sans conteste le terrorisme qui a fait sortir de l’oubli
la question arménienne. Entre 1975 et 1985, près de 160
attentats d’origine arménienne ont été authentifiés.
54 p. 100 d’entre eux visaient des intérêts turcs :
assassinats de diplomates, bombes contre les offices de tourisme et de
compagnies aériennes, actions de commando à Istanbul et
à Ankara. En revanche, seulement 7 p. 100 ont été
perpétrés sur le sol turc. Vingt-trois pays différents
en ont été victimes, dont la France avec 22 p. 100 des attentats,
suivie de la Suisse avec 11 p. 100 et du Liban avec 10 p. 100.
Les trois principales organisations combattantes sont la Nouvelle Résistance
arménienne (N.R.A.), les Commandos des justiciers du génocide
arménien (C.J.G.A.) et l’Armée secrète arménienne
pour la libération de l’Arménie (A.S.A.L.A.). La N.R.A.
signe son premier attentat à Paris le 15 mai 1977 et son dernier
à Luxembourg le 28 février 1983. Ses militants seraient
de jeunes Arméniens européens issus de l’extrême
gauche maoïste et tiers-mondiste. Antisoviétique, elle a refusé
le terrorisme aveugle et a préféré s’autodissoudre
plutôt que d’être phagocytée par l’A.S.A.L.A.
Le C.J.G.A. serait la branche militaire du parti Dachnak. Issu d’une
fraction de la jeunesse dachnak du Moyen-Orient, il reprend la tradition
des partisans et des justiciers arméniens de la fin du XIXe et
du début du XXe siècle. C’est la seule organisation
à avoir ciblé ses actions contre des diplomates turcs. Bien
implantée au Liban et en Amérique du Nord, elle a subi les
coups de certaines factions extrémistes libanaises (arabes et arméniennes),
ainsi que du F.B.I. américain. Le C.J.G.A. a été
particulièrement actif de 1975 à 1983. Les rescapés
de cette organisation auraient peut-être donné naissance
à l’Armée révolutionnaire arménienne
qui signe les derniers assassinats ciblés connus, en juillet 1983
et en juin 1984.
En revanche, la nature de l’A.S.A.L.A. est toute autre. Elle naît
en janvier 1975 chez un groupe de jeunes Arméniens du Liban travaillant
avec les Palestiniens. Largement influencés par les Palestiniens
les plus extrémistes, en proie à la guerre civile libanaise,
ces Arméniens entrent en lutte armée avec des modèles
théoriques largement empruntés au stalinisme. Militairement
peu efficace de 1975 à 1980, l’A.S.A.L.A. s’occupera
beaucoup plus de marketing politique. Grâce à ses connivences
palestiniennes, elle va réussir à revendiquer la presque
totalité des attentats arméniens dans le monde. Cela va
lui apporter un capital-confiance qu’elle saura faire fructifier
auprès de la troisième génération de la diaspora.
Bientôt, de jeunes idéalistes la rejoignent des États-Unis,
de France et d’ailleurs. Mais le noyau dur, autour d’Hagop
Hagopian, reste libanais. Dès l’été de 1980,
elle s’en prend aux cadres du parti Dachnak de Beyrouth. Dans une
paranoïa frénétique, l’A.S.A.L.A. va petit à
petit accuser le monde entier de collusion avec la Turquie. Lorsqu’un
de ses militants est arrêté en Suisse ou en France, elle
lance une campagne de terrorisme aveugle contre les intérêts
de ces pays. Les années 1980-1981 sont celles de son apogée.
En 1982-1983, les attentats sont moins nombreux mais plus meurtriers.
Le 15 juillet 1983, elle fait exploser une bombe à l’aéroport
d’Orly : 8 morts, 56 blessés. Devant cette escalade, une
partie de l’organisation entre en dissidence. Cela se traduira par
un règlement de compte où les militants de l’A.S.A.L.A.
s’entretuent dans leur camp de la Bekaa. Depuis lors, cette organisation
a pratiquement disparu ; elle s’est cependant encore manifestée
en assassinant des membres importants de la section libanaise du parti
Dachnak (mars 1985-mai 1986). Le 28 avril 1988, Hagop Hagopian est à
son tour assassiné à Athènes par deux membres de
sa propre organisation.
Si le terrorisme arménien ciblé fut assez populaire dans
la diaspora durant les années 1975-1980, son dérapage aveugle
lui a retiré tout crédit et donc tout soutien de la part
des communautés. Depuis 1984, l’action est davantage tournée
vers la reconnaissance internationale : reconnaissance du génocide
par les gouvernements chypriote, français et argentin et par le
Parlement européen qui déclarait officiellement le 18 juin
1987 : « Le Parlement européen est d’avis que les événements
tragiques qui se sont déroulés en 1915-1917 contre les Arméniens
établis sur le territoire de l’Empire ottoman constituent
un génocide [...]. Estime que le refus de l’actuel gouvernement
turc de reconnaître le génocide constitue [...] un des obstacles
incontournables à l’examen d’une éventuelle
adhésion de la Turquie à la Communauté. »
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