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L’art
arménien |
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Sommaire |
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Introduction
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Première
période : Ve-VIIe siècle
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Architecture |
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Sculpture |
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Peinture |
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Seconde
période : IXe-XIVe siècle
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Architecture |
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Sculpture |
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Peinture |
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Introduction |
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Les
tribus indo-européennes venues du haut plateau anatolien se trouvaient,
de par la situation géographique du pays, placées entre
deux domaines culturels différents : d’une part les civilisations
asiatiques, d’autre part les civilisations méditerranéennes,
qui jouèrent, mais à des degrés divers, un rôle
dans le développement de l’Arménie.
Les fouilles n’ont encore mis au jour ni monuments ni œuvres
d’art des siècles qui suivirent l’installation des
Arméniens ; il n’est guère possible, dès lors,
de déterminer ce que la tradition arménienne a pu conserver
de l’art ouartien, ni de saisir quels ont pu être les apports
de l’art achéménide. Avec les conquêtes d’Alexandre,
l’Arménie entre dans l’orbite du monde hellénistique
dont l’influence se maintient pendant longtemps. La ville de Tigranocerte,
fondée par Tigrane II au Ier siècle avant Jésus-Christ
au moment de la plus grande expansion de l’Arménie, était
un centre de culture grecque où des acteurs grecs jouaient des
pièces d’Euripide ; le roi Artavazd II, fils de Tigrane,
était réputé pour les tragédies et les récits
qu’il avait lui-même composés. Au dire de Moïse
de Khorène, des statues de divinités importées de
Grèce ornaient quelques-uns des temples arméniens, et le
seul fragment connu à ce jour, la tête d’une statue
de déesse découverte à Erzinjian (l’ancienne
Erez), est effectivement une œuvre grecque. Non loin d’Erevan,
le temple de Garni, dont les ruines sont conservées, est un temple
périptère de type hellénistique et, au palais de
Garni, sur la mosaïque formant le pavement du bain, les divinités
marines de la mythologie grecque sont désignées par des
inscriptions grecques.
Pour autant qu’on puisse en juger par ces quelques vestiges, un
art de caractère national ne commença à se former
qu’après cette période, et c’est tout particulièrement
dans le domaine de l’architecture que cette individualité
s’est le mieux exprimée.
Les œuvres artistiques appartiennent à deux périodes
distinctes : la première va du début de la conversion au
christianisme jusqu’aux années qui suivent la conquête
arabe (640) ; mais, en fait, les monuments conservés ne sont guère
antérieurs au Ve siècle ; la seconde période comprend
des monuments qui s’échelonnent de 885 (l’Arménie
recouvre son indépendance avec l’accession au trône
du roi Achot Ier) à la fin du XIVe siècle.
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Première
période : Ve-VIIe siècle
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Architecture |
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Pour
l’architecture arménienne, cette période a été,
à bien des égards, la plus créatrice. Les nombreuses
églises conservées sont postérieures au partage de
l’Arménie entre Byzance et la Perse, mais l’activité
architecturale, durant ces siècles, est le fait de chefs, de nationalité
arménienne ; en effet le pays fut gouverné en grande partie
par des Arméniens et les grandes familles féodales avaient
conservé leurs domaines. Ce sont ces chefs, ainsi que les catholicos,
qui ont édifié les monuments sur lesquels ils se sont parfois
fait représenter, et où ils ont fait graver les dédicaces
qui permettent de les dater.
Les églises arméniennes sont construites avec les pierres
volcaniques du pays qui revêtent souvent des teintes jaunes ou rosées
ou même de tonalité plus foncée. Des parements de
pierre, relativement minces et soigneusement appareillés, recouvrent
un blocage de menues pierres et de mortier. Ce système de construction
est employé pour toutes les parties : murs, voûtes, coupoles
et même les supports isolés. Ces édifices sont en
général de petite dimension, de forme massive et compacte,
mais de proportions harmonieuses. L’aspect extérieur ne révèle
pas toujours l’agencement de l’intérieur. Les fenêtres
cintrées dans les murs sont petites et peu nombreuses ; dans les
églises à plan central, l’éclairage principal
est donné par les fenêtres qui s’ouvrent dans le tambour
de la coupole. La sévérité des surfaces extérieures
unies est atténuée par les encadrements des portes et des
fenêtres, par des arcatures aveugles, par les niches ou renfoncements
triangulaires et, de plus en plus, par une sculpture ornementale et même
figurative. À partir du VIe siècle, la coupole centrale,
recouverte d’un toit conique, sera l’élément
caractéristique commun à la grande variété
des plans.
Les plus anciens édifices connus à ce jour sont des basiliques
voûtées, le plus souvent à trois nefs : dans les uns,
de type « oriental », un toit à deux versants recouvre
les trois nefs, comme à K’asagh, dans d’autres, de
type « hellénistique », la nef centrale s’élève
sensiblement plus haut que les nefs latérales, comme à Ereruk.
Dans quelques grandes basiliques, à Ereruk, et dans la forme primitive
de Dvin et de Tekor, l’édifice était muni de portiques
latéraux se terminant par des absidioles ou par des pièces
transversales aux côtés de l’abside principale.
À côté du plan basilical qui dérive de la basilique
païenne et qui présente plus d’analogies avec le type
anatolien qu’avec le type syrien, les Arméniens ont employé
de très bonne heure l’édifice à plan central
et à coupole, dont les antécédents sont à
rechercher parmi les mausolées de la basse Antiquité. C’est
ce que viennent de révéler les fouilles récentes
à Etchmiadzine ; l’église du Ve siècle, dont
on a retrouvé les fondations, avait la forme d’une croix
inscrite dans un carré avec quatre niches axiales et saillantes,
et quatre piliers libres portant la coupole. À partir du VIe siècle,
l’église à coupole deviendra le type prédominant,
mais ces édifices présentent une très grande variété
de plans et les solutions apportées au problème des constructions
voûtées y sont diverses. Parmi les plans rayonnants on trouve
des quatre-feuilles simples (Arzni, Agarak) et des églises polygonales
à huit niches (Irind, Eghvard). À l’église
de Zvart’nots, construite par Nersès III entre 644 et 652,
une des œuvres maîtresses de l’architecture chrétienne,
seule la niche orientale du tétraconque est un mur plein, les trois
autres sont des exèdres à colonnes donnant accès
à la galerie circulaire. Les arcs supportant la coupole reposaient
sur quatre puissants piliers d’une grande hauteur, et l’ensemble
de l’édifice s’élevait en trois gradins : celui
de la galerie circulaire, celui des voûtes épaulant la coupole,
et celui de la coupole elle-même.
Le carré central contre-buté par quatre absides revêt
aussi des formes variées. La coupole sur trompes d’angles
recouvre tout l’espace intérieur, elle est portée
par huit arcs qui reposent sur les points de croisements des murs droits
et des absides. À Mastara et à Art’ik (VIIe s.), l’abside
orientale est flanquée de deux pièces latérales,
et seules les trois autres absides se projettent à l’extérieur.
L’église de Sainte-Hrip’simé à Vagharchapat
(618), aux proportions harmonieuses, présente une variante typiquement
arménienne : quatre petites niches outrepassées se logent
sur les diagonales entre les quatre absides axiales, semi-circulaires,
et elles communiquent avec des pièces d’angle carrées.
La coupole recouvre de nouveau tout l’espace central, et les arcs
reposent sur les points de croisement des absides et des niches outrepassées.
À l’extérieur, des renfoncements triangulaires, particulièrement
profonds sur les façades nord et sud, marquent les contours des
absides axiales. Par contre à Avan (de 590 à 611), où
les pièces d’angle sont circulaires, toutes les parties de
l’édifice sont noyées dans l’épaisseur
des murs, et le tracé rectangulaire de l’extérieur
ne donne aucune idée de la complexité de l’agencement
intérieur.
Dans une autre variante du carré contrebuté par quatre absides,
les supports de la coupole sont des piliers isolés, en avant des
absides (Bagaran, Etchmiadzine) ; ces piliers qui divisent le carré
central en trois nefs et les voûtes en berceau dans les deux axes
donnent à l’église l’apparence d’une croix
inscrite dans un carré. Cette croix inscrite se dessine clairement
dans les églises de plan
longitudinal, comme celles de Mren et de Sainte-Gayané à
Vagharchapat. Dans d’autres édifices de plan longitudinal
mais à nef unique, comme Ptghni, T’alich et Choghakat’,
les arcs qui portent la coupole reposent sur des pilastres ou des murettes
adossés aux murs latéraux. On voit enfin à cette
époque plusieurs variantes du plan triconque ; le plus bel exemple
en est la grande église de T’alin où la coupole sur
pendentifs est portée par quatre arcs reposant sur des supports
isolés.
Cet aperçu des principaux types d’églises des VIe
et VIIe siècles montre le caractère de cet art qui, en même
temps que la variété des formes et leur adaptation aux besoins
de la liturgie, cherche de nouvelles solutions aux problèmes d’équilibre
des masses et de construction des voûtes. Des édifices civils
construits pendant cette même période, il ne nous reste que
les ruines des palais épiscopaux de Dvin et de Zvart’nots,
et deux salles à T’alich.
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Sculpture |
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L’architecture
de pierre se prêtait admirablement au décor sculpté
qui orne les linteaux et les tympans, les arcs qui encadrent les fenêtres,
et les écoinçons des arcatures aveugles. Il faut noter particulièrement
les représentations figuratives, l’Arménie étant,
avec la Géorgie, le pays où de telles sculptures se sont
développées plus que partout ailleurs à cette époque.
À côté des thèmes religieux, images des anges,
du Christ et des saints debout (Mren) ou dans des médaillons (Ptghni),
on voit apparaître les thèmes profanes. À Mren, les
portraits des donateurs en attitude de prière flanquent le groupe
du Christ et des saints figurés sur le linteau. À Ptghni,
le donateur, représenté à cheval, attaque un lion,
et un autre homme, à pied, perce un griffon de sa lance ; ces sujets
se rattachent au thème de la chasse royale de l’art sassanide
et se perpétueront en Arménie jusqu’à une époque
tardive. À l’église de Zvart’nots, l’architecte,
identifié par l’inscription, et les ouvriers qui ont participé
à la construction sont représentés dans les écoinçons
des arcs. On observe dans ces sculptures un souci de vérité
dans les détails du costume ou des éléments secondaires,
mais par contre peu d’intérêt pour la réalité
physique du corps humain. Les personnages sont représentés
dans des attitudes hiératiques, les draperies tombent en plis serrés
qui tendent à créer des motifs géométriques,
ou bien la surface est tout à fait plane, sans modelé.
Dans le décor ornemental, les motifs géométriques
tiennent moins de place que les éléments floraux. On a employé
l’acanthe, très stylisée, et surtout le rinceau de
vigne, animé de personnages cueillant le raisin (linteau de Dvin),
ou se déroulant aux côtés de la croix flanquée
de cerfs (linteau de K’asagh). Les branches de grenadiers, aux fruits
symétriquement disposés, se courbent pour garnir les arcatures
aveugles (T’alin). Des animaux ornent les chapiteaux. À Zvart’nots
ce sont de grands aigles, d’un beau relief, aux ailes largement
déployées ; ailleurs, on a figuré des quadrupèdes.
À Ptghni des oiseaux sont logés dans des arcs outrepassés.
La sculpture funéraire de cette première période
relativement peu connue constitue un chapitre original de l’art
de l’Orient chrétien. À l’hypogée royal
d’Aghts, daté de 368, nous trouvons un premier exemple du
thème du personnage combattant des animaux, et aussi un exemple
ancien de Daniel dans la fosse aux lions. Les monuments les plus intéressants
sont, d’une part, les stèles en forme d’obélisque,
élevées auprès des édifices funéraires,
parmi lesquelles le double « obélisque » d’Odzoun
revêtu de reliefs particulièrement importants, et, d’autre
part, des stèles plus petites formées de blocs rectangulaires
fixés sur des bases cubiques et ornés de reliefs sur leurs
quatre faces. En plus des représentations de la croix, du Christ,
de la Vierge, de quelques scènes du Nouveau et de l’Ancien
Testament qui se rattachent au répertoire de l’art funéraire
paléochrétien, les sculpteurs ont figuré des sujets
arméniens, à savoir les images du roi Tiridate sous l’aspect
porcin qu’il avait revêtu avant sa conversion, et celle de
saint Grégoire l’Illuminateur qui le convertit. La survivance
d’anciens thèmes mésopotamiens, comme celui de Gilgamesh,
se laisse deviner dans le traitement de Daniel entre les lions ; d’une
manière générale, le style et la facture de ces sculptures
s’écartent de la tradition classique.
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Peinture |
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Un
texte arménien du VIIe siècle fait état des scènes
du Nouveau Testament et des vies des saints qui ornaient l’intérieur
des églises mais de rares fragments, aux couleurs passées,
sont les seuls témoins de la peinture pariétale. Comme dans
d’autres pays de l’Orient chrétien à la même
époque, un sujet théophanique ornait l’abside : à
Lmbat et à T’alin on avait représenté la vision
d’Ézéchiel. À T’alin et à Mren,
on distingue aussi, sous la conque de l’abside, les apôtres
debout dans l’hémicycle et, à la douelle de l’arc
triomphal, des portraits de saints, en buste, dans des médaillons.
Deux feuillets illustrés, reliés à la fin d’un
manuscrit du Xe siècle, l’Évangile d’Etchmiadzine,
nous permettent de mieux connaître le style de la peinture de cette
période, style sévère qui ne manque pas de grandeur.
L’une de ces miniatures, l’Adoration des mages, est d’un
intérêt particulier, car on y trouve le reflet des deux traditions
artistiques qui jouèrent un rôle dans la formation de l’art
arménien : par l’attitude et le physique caractéristique
de l’un des mages, les genoux écartés, la tête
vue de profil, cette peinture s’apparente aux œuvres sassanides,
tandis que le fond architectural conserve le souvenir du type de décor
hellénistique perpétué dans l’art paléochrétien. |
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Seconde
période : IXe-XIVe siècle
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Dans
l’Arménie affranchie de la domination arabe, l’unité
nationale ne put être conservée ; cet état de choses
où chaque souverain voulait rivaliser avec son voisin fut favorable
à la création de plusieurs centres artistiques. Les royaumes
les plus importants étaient celui des Bagratides dont la capitale
fut transférée en 961 à Ani, ville où furent
édifiés de nombreuses églises, des palais, et qui
fut entourée d’une double enceinte, et celui de Vaspourakan
qui jouit d’une période brillante, notamment sous le règne
de Gagik Ier (914-943) ; ce roi dota l’île d’Aght’amar
et les villes sur les bords du lac de Van d’importantes églises
et monastères. Les autres souverainetés étaient le
royaume de Kars, à l’ouest d’Ani ; au nord, celui de
Lori, avec les monastères de Sanahin et de Haghbat ; et, à
l’est, la principauté de Siounik’, dont le centre religieux
se trouvait au monastère de Tat’ev. L’activité
artistique interrompue par la conquête seldjoukide au milieu du
XIe siècle reprit un siècle plus tard, lorsque, à
la faveur des victoires remportées par les armées géorgiennes,
le pays fut gouverné par les féodaux arméniens sous
suzeraineté géorgienne. Pendant cette même période,
les Arméniens qui avaient fui l’invasion seldjoukide s’étaient
peu à peu établis sur les bords de la Méditerranée
en Cilicie. D’abord baronnie, puis érigé en royaume
en 1198, ce nouvel État joua un rôle important dans les affaires
de l’Orient méditerranéen et fut un foyer actif de
la vie nationale jusqu’à la conquête égyptienne
en 1375. |
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Architecture |
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Les
architectes reprennent, en les modifiant, la plupart des variantes de
l’édifice à coupole, à plan central, qui avaient
été créées pendant la première période
: triconques de petites dimensions comme à Sevan ; tétraconques
avec compartiments périphériques logés dans l’épaisseur
des murs (Khtzkonk’) ; hexagones ou octogones à absides semi-circulaires
(Ani : églises du Sauveur et de Saint-Grégoire d’Aboughamrents).
Le type de Zvart’nots se retrouve, avec peu de différences,
dans l’église de Saint-Grégoire d’Ani, construite
par le roi Gagik en l’an 1000, tandis que le type de Sainte-Hrip’simé
a servi de modèle à l’église des Saints-Apôtres
d’Ani du début du XIe siècle. L’église
de la Sainte-Croix, construite par le roi Gagik sur l’île
d’Aght’amar (de 914 à 921), présente une autre
variante de ce type d’édifice, c’est-à-dire
du tétraconque muni de chapelles latérales. L’édifice
longitudinal, où la coupole est portée par des arcs qui
reposent sur des piliers adossés aux murs ou sur des murettes,
jouit d’une grande faveur (Chirakavan, Marmachen, Haghbat, Sanahin,
etc.).
Mais il faut surtout signaler les formes qui ont été créées
et les recherches qui ont abouti à de nouvelles solutions des problèmes
structuraux. La cathédrale d’Ani, construite entre 989 et
1001 par l’architecte Tiridate (qui avait reconstruit la coupole
effondrée de Sainte-Sophie de Constantinople), est une église
en forme de croix inscrite où l’élan vertical est
plus prononcé que dans les églises antérieures :
les quatre piliers qui supportent la coupole sur pendentifs ont des faisceaux
de colonnettes reliées les unes aux autres au moyen d’arcs
brisés ; les voûtes ont également un profil brisé.
La chapelle du Berger à Ani, édifice à trois étages
du début du XIe siècle, offre un des exemples les plus anciens
de la construction en ogives : les six arcs, à double rangée
de claveaux, qui s’élèvent des piliers aux angles
du plan étoilé et se rejoignent au centre en une clef de
voûte pendante, reçoivent la charge du plafond en pierre
et blocage. Le système de construction à nervures, qui anticipe
celui de l’art gothique, se développe du XIe au XIIIe siècle.
Au problème du support des lourdes couvertures de pierre des grands
ensembles monastiques constitués pendant cette période,
avec réfectoire, bibliothèque et autres grandes salles,
et des vastes porches, ou jamatouns, érigés en avant de
l’entrée principale des églises, les architectes proposent
des solutions très différentes. Tantôt des murettes
s’interposent entre les arcs et la couverture (Ani, porche des Saints-Apôtres),
tantôt les arcs portent directement les voûtes appareillées,
ou « voûtains », à pans coupés qui recouvrent
les travées d’angle (Horomos, Haghbat, Arates-Aysasi). Au-dessus
de la travée centrale des jamatouns s’élève
une lanterne pyramidale, parfois couronnée par une rotonde de colonnes.
Par leur fonction structurale les nervures arméniennes diffèrent
des arcs entrecroisés des monuments musulmans qui ont surtout un
caractère décoratif, elles préfigurent les recherches
poursuivies dans l’architecture gothique.
Parmi les constructions typiques des XIIIe et XIVe siècles, il
faut mentionner les grands clochers des monastères et les églises
funéraires à étages. À Haghbat, le clocher,
de forme très allongée, est un édifice à trois
étages avec niches et absides à chaque étage abritant
un ou plusieurs autels ; la construction est couronnée d’une
rotonde de colonnes, comme la lanterne des jamatouns. Les églises
funéraires à étages existaient aussi à une
époque plus ancienne, mais c’est surtout pendant cette période
qu’on en trouve le plus. Le mausolée proprement dit se trouve
au rez-de-chaussée, et les services commémoratifs étaient
célébrés au premier étage. Les églises
funéraires, comme celles de Tat’ev, d’Eghvard, de Noravank’,
ont les mêmes proportions élancées que les clochers.
D’une manière générale, la silhouette des constructions
s’est modifiée, l’aspect massif tend à disparaître
et l’accent est mis sur les lignes verticales.
Les témoins de l’architecture civile sont plus nombreux pendant
cette seconde période. À la suite du développement
du commerce de transit, de nombreuses hôtelleries furent édifiées
; ce sont de grandes salles voûtées à une ou trois
nefs ; à T’alin, une cour à portiques sépare
les deux salles voûtées à trois nefs. Enfin, les rois
et les princes entourèrent leurs villes de fortifications dont
les ruines imposantes se voient encore à Bdjni, à Anberd
et surtout à Ani.
Le grand essor de l’architecture religieuse dans la mère
patrie contraste avec le peu d’attention que les Arméniens
lui ont prêté dans leur nouveau foyer en Cilicie. À
juger d’après les rares édifices conservés
et les remarques des historiens contemporains, les Arméniens se
sont contentés de s’approprier les églises byzantines
qui existaient déjà ou d’en édifier de nouvelles,
de dimensions modestes et sans grande recherche structurale. Leur effort
s’est porté sur la construction de châteaux forts dont
l’étude reste encore à faire.
En 1918, J. Strzygowski publiait son grand ouvrage sur l’architecture
arménienne ; il lui attribuait un rôle primordial dans la
création et l’élaboration de la plupart des édifices
à plan central et à coupole, et il en suivait le rayonnement
à travers l’Europe jusqu’à une époque
avancée. Ces théories, dans leur forme extrême, ont
été rejetées par la plupart des savants. Les recherches
sur l’art de la basse Antiquité et du haut Moyen Âge
poursuivies depuis cette date, l’étude de nouveaux monuments
révélés par les fouilles ont permis de considérer
sous un jour différent les ressemblances entre des monuments élevés
dans des contrées éloignées les unes des autres.
Si l’Arménie n’a pas joué le rôle que
lui reconnaissait Strzygowski, elle a créé une architecture
de grand style qui s’est constamment renouvelée, et qui a
pu exercer une certaine influence, dans son voisinage immédiat,
et même au-delà, notamment en Grèce et dans les Balkans,
dans le développement d’un type d’édifice à
coupole sur trompes d’angles.
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Sculpture |
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À
la même époque, le décor sculpté s’enrichit.
De larges bandes d’entrelacs polygonaux entourent les portes et
les fenêtres ; aux tympans les enlacements floraux remplacent les
schémas linéaires et on y voit plus souvent les images de
la Vierge et du Christ. Les arcatures aveugles entourent aussi le tambour
de la coupole. À l’église de Saint-Grégoire
d’Ani, construite en 1215, des quadrupèdes et des oiseaux
jouent au milieu des feuillages dans les écoinçons des arcs
des façades. Le monument le plus remarquable est l’église
d’Aght’amar sur le lac de Van, exemple unique dans tout l’art
chrétien du Xe siècle d’une église dont les
façades sont entièrement recouvertes de sculptures. Entre
le rinceau de vigne animé de scènes de genre et d’animaux,
qui encercle les murs au-dessous des toits, et le rinceau de palmettes
au bas des murs, on voit des scènes et des personnages de l’Ancien
Testament, les images du Christ et de la Vierge, celles des saints parmi
lesquels les princes arméniens martyrisés pour leur foi.
Une foule d’animaux réels ou fantastiques, certains représentés
en ronde bosse, se mêlent aux figures humaines. À la façade
occidentale, le roi Gagik, fondateur de cette église, en offre
la maquette au Christ. Ces sculptures en bas relief font corps avec le
mur qu’elles tapissent, et les figures hiératiques impressionnent
par leur vigueur et leur caractère expressif. À l’église
de Sisian, dans la province de Siunik’, décorée également
de bas-reliefs figuratifs, le hiératisme est plus accentué,
l’aspect des personnages plus lourd.
Les portraits des fondateurs, par exemple à Mren et Ptghni, et
maintenant à Aght’amar, ornaient souvent les monuments arméniens.
Celui du roi Gagik, en ronde bosse, tenant la maquette de l’église,
décorait l’église de Saint-Grégoire qu’il
avait fait construire à Ani. À Haghbat, à Haridj
et à Sanahin, les statues en ronde bosse des donateurs sont placées
dans une niche au-dessus de la porte occidentale ; comme il s’agit
chaque fois de deux donateurs, ceux-ci sont représentés
l’un en face de l’autre, tenant ensemble le modèle
de l’église ou l’icône de la Vierge. La simplification
de la masse et l’absence de tout modelé de détail
confèrent à ces statues l’aspect de bas-reliefs. Le
thème ancien du fondateur en cavalier et chassant a été
repris à cette époque, et on en connaît plusieurs
exemples sur les façades des églises et sur des stèles
funéraires.
La sculpture pénètre aussi à l’intérieur
des églises et n’est plus réservée aux seuls
chapiteaux. À Horomos, une des dalles du tambour octogonal représente
une composition abrégée du Jugement dernier, tandis que
des motifs géométriques ou végétaux recouvrent
les autres ; des médaillons, entourés de grecques et de
rinceaux, ornent le plafond. À l’église d’Argina
des entrelacs couvrent la surface des colonnes. Au monastère de
la Vierge blanche, dans la province de Siunik’, on voit représenté
le thème byzantin de la Déèsis ; au centre le Christ
trônant, et à ses côtés d’une part la
Vierge et Pierre, de l’autre Jean-Baptiste et Paul.
Les stèles funéraires ou commémoratives, particulièrement
nombreuses, diffèrent, et par leur forme et par leur décor,
de celles de la première période. Ce sont de grandes plaques
entièrement recouvertes d’ornements. Le plus souvent une
grande croix, dont le bras inférieur est encadré de feuillages,
ou qui repose sur un médaillon orné, occupe le centre ;
elle est entourée d’une bordure de tresses et d’entrelacs
formés par l’entrecroisement de cercles et de polygones.
Tout ce décor, exécuté avec la plus grande précision,
se détache sur le fond d’ombre de la pierre profondément
entaillée et produit l’impression d’une sculpture ajourée.
Il existe aussi des stèles à figures, comme celle de Haghbat
datée de 1273. Le Christ en gloire entre les anges occupe la partie
supérieure, et le crucifiement le corps même de la stèle.
En plus des figures habituelles de cette scène, la Vierge et Jean,
on voit représentés les donateurs au pied de la croix, et
aux côtés, dans des cadres rectangulaires, les douze apôtres.
Un entrelacs de palmes recouvre tout l’espace laissé libre
par les personnages, et ce type d’entrelacs orne aussi parfois le
fond des représentations qui décorent les tympans des églises.
Le relief sur deux plans différents, celui des personnages et celui
des ornements, témoigne de la grande habileté technique
du sculpteur.
Les Arméniens avaient aussi beaucoup pratiqué la sculpture
sur bois, mais il en reste peu d’exemples. Les grandes portes des
églises et des monastères étaient recouvertes d’entrelacs
polygonaux étoilés. Une large bande ornée de rinceaux
de vignes, sur les côtés, et d’une suite de cavaliers,
dans le haut, entoure la porte du monastère des Saints-Apôtres
de Mouch, datée de 1134 (aujourd’hui au musée historique
d’Erevan). Les portes de l’église de Sevan, datées
de 1176, et de Tat’ev, de l’an 1253, s’inspirent du
décor des stèles : des bandes d’entrelacs y encadrent
une grande croix. Sur les chapiteaux en bois, qui proviennent sans doute
des grandes salles d’apparat des palais, des oiseaux sont affrontés
au milieu des feuillages ; ailleurs des rinceaux encadrent le motif central
de la croix. Des motifs végétaux et géométriques
décorent aussi les grands lutrins qui datent des XIIe et XIIIe
siècles. Tous ces ornements sont taillés sans modelé
et, comme sur les stèles en pierre, les motifs se détachent
sur le fond d’ombre.
Les représentations figuratives tiennent plus de place sur les
objets d’orfèvrerie, tels les grands reliquaires ou les reliures
de manuscrits en argent ou argent doré. Ceux qui ont été
exécutés en Cilicie au cours du XIIIe siècle sont
les plus remarquables.
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Peinture |
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Il
nous reste peu d’exemples de la peinture monumentale. L’église
d’Aght’amar était aussi somptueusement décorée
à l’intérieur qu’à l’extérieur
; le cycle christologique et les portraits des saints qui recouvraient
les parois sont conservés en majeure partie, malheureusement les
couleurs sont délavées et se détériorent de
plus en plus. À Tat’ev, les fragments d’une grande
composition du Jugement dernier et d’une scène de la Nativité
nous font entrevoir un art plus libre et qui devait être d’une
haute tenue.
C’est l’art de la miniature qui nous permet de suivre les
différentes étapes de la peinture. Malgré les nombreux
désastres et destructions, nous possédons, du IXe siècle
à une date tardive, une suite presque ininterrompue de manuscrits
illustrés ; l’art de l’enluminure était encore
en honneur au XVIIe siècle, alors que des ouvrages avaient commencé
à être imprimés en langue arménienne en 1512.
Après les siècles d’occupation arabe, l’ère
d’activité s’ouvre avec une œuvre de premier ordre,
l’Évangile dit de la reine Mlk’é, du nom de
l’épouse du roi Gagik, qui en fit don au monastère
de Varag (Venise, Saint-Lazare, Bibl. des pères mékhitaristes,
no 1144). Le peintre au talent vigoureux, qui l’a illustré
vers 862, s’est inspiré d’un modèle remontant
au haut Moyen Âge, mais il lui a imposé la marque de sa personnalité.
L’Ascension du Christ est une composition imposante par la hardiesse
et la vigueur du coloris, et par l’expression des personnages. Le
style impressionniste de cette peinture, où le modelé est
obtenu par les taches de couleur plutôt que par la gradation des
tons, et où les plis des vêtements sont indiqués à
larges coups de brosse, s’observe aussi dans le portrait de l’évangéliste
Luc. Le caractère monumental prédomine dans les tables des
canons avec leurs puissantes colonnes imitant le marbre ou le porphyre
; des scènes nilotiques, dessinées dans deux des tympans,
conservent le souvenir d’un prototype lointain de provenance alexandrine.
La tendance à la stylisation des formes et la propension à
une peinture à deux dimensions s’affirment à nouveau
dans les œuvres du Xe siècle. Dans l’Évangile
d’Etchmiadzine, de l’an 989, les personnages sont figurés
dans l’attitude frontale, rigide, sans mouvement. Ces miniatures
appartiennent au même courant artistique que les peintures et les
sculptures d’Aght’amar, ou les bas-reliefs de Sissian, mais
le trait plus fin leur confère une plus grande élégance.
Dans d’autres œuvres du Xe siècle, la schématisation
est plus accusée, les arcades des tables des canons perdent leur
aspect monumental, des bandes recouvertes d’ornements se substituent
aux colonnes massives, et dans la représentation du corps humain
la recherche de l’effet décoratif l’emporte sur le
souci de réalisme. Au XIe siècle, on peut distinguer deux
courants artistiques très différents. Dans tout un groupe
d’évangéliaires, les compositions simplifiées
à l’extrême se détachent sur le fond nu du parchemin
; les artistes ne cherchent pas à situer l’événement
dans son cadre naturel et n’indiquent même pas la ligne du
sol sur lequel les personnages sont censés marcher. Des couleurs
claires, posées en teintes plates, sans aucun modelé ni
gradation de tons, donnent à ces œuvres un caractère
« abstrait » où prédomine l’effet rythmique
par la répétition des lignes, des gestes et des attitudes.
Dues à des artistes de talent, comme celui qui a illustré
en 1038 le manuscrit no 6201 de la bibliothèque d’Erevan,
ces peintures s’imposent par leur sincérité et leur
charme naïf.
Le second courant apparaît dans des œuvres exécutées
pour la plupart pour les rois, les princes ou les grands prélats
de l’Église ; ce sont des manuscrits de luxe, de grand format,
somptueusement décorés de pages ornementales et de miniatures
en pleine page, placées, selon l’habitude arménienne,
au début du manuscrit, ou plus rarement intercalées dans
le texte. Dans ces milieux palatins, attirés par le prestige de
la cour impériale et de tout ce qui touchait à Byzance,
la peinture byzantine a exercé une influence marquée. Celle-ci
apparaît dans le caractère classique des miniatures de l’Évangile
dit de Trébizonde (Venise, Saint-Lazare, no 1400), dans les formes
pleines des personnages finement modelés et placés dans
leur cadre naturel. Quelques-unes de ces miniatures sont peut-être
l’œuvre d’un artiste byzantin ; par contre, dans l’évangile
copié pour le roi Gagik de Kars (Jérusalem, Patriarcat arménien,
no 2556), le mélange subtil du naturalisme et de la stylisation
révèle la main d’un peintre arménien. Le roi
y est assis, en compagnie de sa femme et de sa fille, sur un divan recouvert
d’un tissu orné d’éléphants dans des
cercles, à la manière des soieries sassanides ; il est revêtu
d’une tunique également ornée d’animaux dans
des médaillons. Le caractère arménien est encore
plus marqué dans deux évangéliaires de la bibliothèque
d’Erevan (nos 3793 et 7736, Évangile dit de Moghni) ; le
riche fonds architectural inspiré de modèles hellénistiques
s’y transforme et revêt un aspect plus décoratif, le
modelé des draperies est atténué et le style linéaire
tend à prédominer. Ces manuscrits, où le fond d’or
donne plus d’éclat aux couleurs, se distinguent par la richesse
et la variété de leurs ornements, domaine dans lequel les
peintres arméniens ont excellé. Une faune variée
se mêle aux éléments floraux dans des combinaisons
constamment renouvelées et où la précision du dessin
et l’harmonie de l’ensemble témoignent de la maîtrise
des peintres.
Après l’interruption due à la conquête seldjoukide,
les enlumineurs se remettent au travail ; ils se tournent de préférence
vers les œuvres de leurs devanciers, moins marqués par l’influence
byzantine. L’élément profane commence à s’introduire
dans les scènes religieuses. Dans l’Évangile de Haghbat
(1211), une femme et un homme vêtus du costume arménien de
l’époque accueillent Jésus devant les portes de Jérusalem
; des serviteurs portant, l’un une cruche d’eau, l’autre
un poisson, et un musicien assis sous un arbre encadrent les tables des
canons. Le peintre qui a illustré, en 1232, l’Évangile
dit des Traducteurs (Erevan, no 2743) donne une expression concentrée
et intense à ses personnages et interprète d’une manière
« abstraite » le milieu dans lequel ils se meuvent. Dans la
Nativité, la grotte et la montagne qui remplissent tout le fond
et le premier plan se subdivisent en une suite de petits segments de formes
géométriques colorés en vert, brun, ocre et violet.
Dès la fin du XIIe siècle, des centres actifs avaient été
créés dans le nouveau royaume fondé en Cilicie où
la miniature connut un particulier éclat. Les premières
œuvres de cette région ont parfois un aspect monumental, tels
l’Annonciation et le portrait de Marc de l’évangile
no 50.3 du musée Freer de Washington ; la retenue voire une certaine
sévérité marquent ces miniatures au coloris sombre
et exécutées dans un style qui est encore sensiblement dominé
par le goût du graphisme. Ces caractères vont s’atténuer
de plus en plus au XIIIe siècle, la période du plus grand
épanouissement de la miniature arménienne. Des scriptoria
s’établissent dans les monastères et aussi dans les
principales villes du royaume. L’un d’eux fut fondé
par le frère du roi Het’oum, l’évêque
Jean, dont le portrait dans l’exercice de ses fonctions épiscopales
orne l’évangile qu’il fit copier en 1263. Le peintre
des scènes de la vie du Christ affectionne les couleurs vives,
il simplifie les contours et les plis des draperies, insistant parfois
davantage sur l’effet décoratif, comme dans le groupe formé
par les anges qui soutiennent la gloire du Christ dans l’Ascension.
Le maître incontesté pendant le troisième quart du
XIIIe siècle était le peintre T’oros Roslin, le chef
du scriptorium du siège patriarcal à Hromkla, représenté
ici par des exemples empruntés à l’évangile
qu’il enlumina en 1262 (musée Walters de Baltimore, no 539)
et à l’évangile du musée Freer (no 32.18) exécuté
très probablement par lui et ses assistants. T’oros Roslin
emploie de préférence les tonalités délicates
et il cherche à rendre le volume du corps humain au moyen d’un
modelé par transition graduelle ; ses personnages ont des attitudes
souples et gracieuses. La recherche du sentiment est un des traits saillants
de son œuvre. L’expression de la douceur et de la tendresse
maternelle anime les scènes de l’enfance du Christ, telle
la Présentation. Ailleurs, par exemple dans l’ensevelissement
du Christ, auquel les saintes femmes, écrasées par la douleur,
assistent, immobiles, il a su donner un accent tragique à la scène,
tout en maintenant une grande réserve. Moins assujetti que les
Byzantins aux règles de l’iconographie, il a enrichi le cycle
évangélique de sujets nouveaux et il a renouvelé
les compositions traditionnelles en y introduisant des détails
empruntés à la vie quotidienne. Dans la scène du
festin d’Hérode, Salomé, vêtue du costume contemporain
des dames nobles de la Cilicie, danse au son de la flûte et du tambourin.
T’oros Roslin sait ordonner les personnages dans des compositions
harmonieuses et, dans la scène de l’apparition du Christ
aux apôtres, il a exprimé avec maîtrise toute la gamme
des sentiments éprouvés par les disciples devant ce miracle.
Le chatoiement des couleurs, brillant comme des émaux sur le fond
d’or, et la sûreté du dessin confèrent un charme
particulier aux pages décoratives.
D’autres peintres, dont le centre d’activité semble
avoir été Sis, la capitale du royaume, introduisent un accent
nouveau dans la peinture arménienne. Ils abandonnent les tonalités
délicates et emploient de préférence des couleurs
vives rehaussées par des hachures d’or. L’atmosphère
sereine fait place au sentiment dramatique ; les personnages ont des poses
plus animées, même lorsqu’ils sont assis, les gestes
sont plus expressifs et la douleur s’exprime avec moins de retenue.
Dans la scène du crucifiement, la Vierge s’affaisse sous
le poids de sa douleur et les anges volent vers le Christ avec des gestes
éplorés. La fantaisie de ces peintres s’est donné
libre cours dans les pages décoratives peuplées de tout
un monde imaginaire.
Aux siècles suivants, tant en Arménie qu’en Cilicie,
on continuera à produire des œuvres qui ne manquent pas d’intérêt,
mais elles n’ont plus cette puissance créatrice et cette
qualité qui placent les productions du XIIIe siècle au même
niveau que les meilleurs exemples de l’art médiéval
du Proche-Orient ou de l’Occident.
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